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Eglise Protestante Unie de Narbonne

Dimanche 2 octobre 2022 : Habaquq 1,2-3; 2, 1-4

2 Octobre 2022, 13:36pm

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Narbonne 2 octobre 2022

Habacuc 1, 2-3 et 2, 1-4

Pasteur Philippe Perrenoud

 

Tout passage biblique a une actualité, nous parle pour aujourd'hui. Cela est plus ou moins évident d’un texte à l'autre. Celui d’aujourd'hui est marquant, tant nous pouvons facilement penser à certains événements de l'actualité (chacun peut y penser en lui-même ; pas besoin de donner beaucoup d'exemples...)

Mais il faut aussi toujours se garder de faire des rapprochements trop rapides… pour ne pas faire parler la Bible à notre place ; ou y trouver des réponses rapides, trop rapides, à nos questions... même légitimes... comme celles d'Habaquq ici, ou ailleurs dans la Bible, dans la Bible en particulier...

De quoi s’agit-il dans ce passage ??

Nous ne savons pas bien qui est Habaquq. Par contre, nous connaissons un peu le contexte dans lequel il se trouvait : un jeu de grandes puissances et de cruautés des hommes. Bref... comme nous pouvons le penser et/ou l'entendre : « rien de nouveau sous le soleil » ou « Voilà que tout recommence » ?

Comme nous le vivons dans notre vie d’Église, je crois, je pense, et comme la Bible l’est elle-même : ce passage est un dialogue : le prophète dit au Seigneur ce qu'il a sur le cœur. Il lui dit d’abord sa révolte devant les événements qui l'entourent. C'est peut-être (sans doute) en cela qu'on peut se sentir si proche de ce passage… pour le meilleur (parce que ça ns aide à l'exprimer) et pour le pire (parce que ça peut finir par être décourageant… Nous pouvons aussi entendre « ça ne finira jamais...», etc.)

On peut en effet toujours se plaindre du monde ; et il y a de quoi s'en plaindre… C'est d'ailleurs souvent en période de malheurs que des gens se tournent vers ''Dieu''… et même que les Églises se remplissent.

Alors justement, comment fonctionne ce petit dialogue ? Comment fonctionne ici notre foi ? Comment pouvons-ns fonctionner avec tout cela ??

Il faut alors bien remarquer la façon dont Habaquq s'adresse au Seigneur : un cri de révolte, d'incompréhension ; y compris face au Seigneur lui-même … trouver cela dans la Bible elle-même peut paraître étonnant. Il est pourtant normal de lui crier notre indignation, notre mécontentement, nos révoltes. Nous avons le droit de chercher ; et même d'exprimer notre colère, même tous nos reproches ; c'est souvent une surprise de la part des gens de concevoir cela dans notre foi. Ici, Habaquq commence même ainsi ; et il ne dit même pas « si tu existes, fais quelque chose »...

C’est parce que notre Seigneur n’est pas un Potentat, ou autre, que nous pouvons lui dire notre amertume ; parce que nous ne sommes pas non plus dans une religiosité, une magie coupée du monde. Nous pouvons, et devons même dire cela.

Nous pouvons aussi souvent entendre « si Dieu existait, il n’y aurait pas tout cela »... On lui impute alors toutes sortes de choses…

 

Il est alors particulièrement important de chercher, et de trouver une issue : cela passe, dans ce texte comme dans tant d'autres, par une interpellation de Dieu lui-même !...

Dans ce dialogue, il répond de différentes façons. Il donne une 1ère réponse (sans se justifier pour autant). Est-ce vraiment une Bonne Nouvelle ?… Il semble en effet dire : « tu as raison de prier, de crier même, continue ; cela ne va pas s'arrêter ». S’il n'y avait que cette réponse, nous ne serions guère avancés... Si une prédication (qui est annonce de la Bonne Nouvelle) se mettait à annoncer de nouvelles catastrophes, qu'en penserions-nous ? Loin de tout rejeter d'emblée (ce qui peut aussi être une solution de facilité), Habaquq commence par prier !

 

Dans un 2ème épisode du dialogue, il interpelle de nouveau le Seigneur ; mais pas seulement en l'air, en général : il l'interpelle sur ce qu'il est, sur ce qu'il a fait ; et donc ce qu'il pourrait/devrait continuer : il dit par exemple au Seigneur, qui avait libéré son peuple, pourquoi acceptes-tu le spectacle de l'oppression. Il le prend en quelque sorte au mot. Il ne l’appelle pas comme un « bouche-trou », mais selon un projet ! C'est bien différent ! Cela change tout !

 

Nous arrivons alors à la 2ème partie de notre lecture : il y a cette confiance retrouvée ; mais pour cela il a d'abord fallu crier et prier.

Il reçoit alors une Promesse. Non pas comme quelque chose pour faire patienter, pendant que rien ne change... C'est à la fois une promesse, et la persévérance qui va avec : une perspective...

Au début de notre passage, la violence semble sans fin ; maintenant, il perçoit qu'elle n'est, comme toute ''œuvre'' humaine, jamais éternelle.

Cette promesse change déjà celui qui la reçoit : là est sans doute le plus important : Habaquq, de révolté, pour ne pas dire : de râleur, évolue dans son dialogue.

Rien de bien magique : s'il le fait, c'est parce qu'il sait :

  • que le Mal qui l'entoure, même s'il semble être aujourd'hui le plus fort, n'aura pas toujours le dernier mot ;
  • que la force n'est pas toujours la plus forte !! Qu'elle n'est pas la solution à tout ; que si l'un est plein d'orgueil et ignore la droiture, un juste vit par sa fidélité.

Il répond, en employant une comparaison : comme un veilleur il tiendra bon à son poste de garde ; qu'il restera debout, qu'il répondra lui aussi à son rappel à l’ordre. C'est-à-dire qu'il prendra un rôle actif : il n'est plus celui qui dit que « ça devrait être comme ceci ou comme cela, ou yaka, yfodrai, yzonka, etc…» Il prend aussi sa part. Il n'attend pas des solutions toutes cuites ; il a les pieds sur terre. Il met en œuvre une présence de Dieu auprès de chacun d'entre nous !

Habaquq devient un homme debout ; il n'est pas seulement un râleur : après avoir (légitimement !) crié sa révolte, il se nourrit de la confiance et la justice que ce dialogue lui a donné.

 

La fidélité de notre Seigneur, c'est aussi de nous vouloir debout…

Amen !

 

 

 

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