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Eglise Protestante Unie de Narbonne

Dimanche 27 novembre 2022 : Romains 13, 11 - 14 ; Matthieu 24, 37 - 44 : "Debout, là dedans !"

26 Novembre 2022, 17:33pm

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

NARBONNE 27 NOVEMBRE 2022

 

Romains 13, 11 – 14
Matthieu 24, 37 – 44
1er dimanche de l’Avent

 

 «Debout, là dedans !»

 

Introduction : A la lecture de l’épitre aux Romains, une expression me frappe : «c’est l’heure de vous réveiller du sommeil» ! Pas de date calendaire associée à cette exclamation. Chaque jour, nous nous réveillons, nous nous levons, nous nous mettons debout (enfin, des fois c’est un peu coincé…). C’est comme si ce texte avait été rédigé pour moi, aujourd'hui, un aujourd'hui de ma sortie de la nuit, de mon éveil après le sommeil. Et à Pomeyrol on dit : « chaque jour, page blanche devant Dieu ».

Du coup, les textes que nous avons lus prennent un sens d’immédiateté, et en même temps, ils n’apparaissent en rien menaçants malgré leur injonction péremptoire car le jour se lève sur nos vies, « pages blanches devant nous », prêt à éclairer et parfois même illuminer le chemin où nous allons marcher, essentiellement, un chemin de grâce.

Nous commencerons par parler d’une attente qui n’en finit pas, puis du temps que cette attente implique, enfin, veilleurs et veilleuses de notre aujourd'hui, nous nous intéresserons à la façon de vivre cette veille.

 

1 ) en retard ? : Les disciples du premier siècle attendaient une venue du Royaume imminente, ils pensaient que Jésus ressuscité allait revenir de leur vivant et les textes tant dans l’Évangile  de Matthieu que dans les épitres de Paul l’attestent. Évidemment puisqu’ils ne pouvaient connaitre ni le jour ni l’heure, du coup, leur « ici et maintenant » de chrétiens en était affecté et toute leur vie consacrée à l’urgence d’un retour attendu dans un immédiat proche.

Le temps passe, et peu à peu, ils réalisent que l’attente pourrait être plus longue que prévue. Alors l'Église s’organise, elle met au point des dogmes, des règles, elle affine le diagramme de son organisation interne, bref, le temps qui s’allonge connait aussi, si je puis le dire ainsi, un allongement des paroles du Christ avec des paroles d’humain. Naissent alors, au cours des siècles, des institutions religieuses différentes, chacune avec sa dogmatique et ses rituels, ses engagements particuliers comme celui de l’Armée du Salut par exemple. Mais ce qui ne change pas, c’est que chacune, chacun des membres de ces institutions se lèvent chaque matin avec devant eux, une page blanche qui va s’écrire, au fil des heures, à l’encre de leur vie, sans crainte, car une main dirige la plume ou le stylo si tu préfères, une main bienveillante, inspirante, il suffit de se laisser guider. Nous allons en reparler.

Dans ton présent, ton futur est déjà en gestation quand bien même tu ne pourrais le discerner, futur immédiat, futur plus lointain. Ne le redoute pas. Van Gogh a écrit, je cite : « A une époque, on croyait que la terre était plate. Eh bien, elle l’est, même aujourd'hui, de Paris à Asnières. Mais ce fait n’empêche pas la science de prouver que la terre, dans son ensemble, est ronde. Nul ne le nie aujourd'hui. Et bien nous sommes encore au stade où nous croyons que la vie elle même est plate, la distance de la vie à la mort. Mais il est probable que la vie elle aussi est sphérique, et beaucoup plus étendue et vaste que l’hémisphère que nous connaissons. La question est de savoir s’il nous est possible de voir la vie dans sa totalité, ou si nous n’en connaissons, avant de mourir, qu’un seul hémisphère [1]» (fin de citation).

 

2 ) vivre sans résignation   :

« Vivre dans l’éternité de Dieu, s’y installer, c’est habiter le temps que Dieu nous donne à découvrir. C’est quitter ce sentiment que nous sommes coincés dans le présent, seul temps possible pour nous, et inventer l’avenir, le rêver, le créer, comme les peintres créent l’invisible dans les couleurs d’un sujet rendu présent. Aujourd'hui comme hier, nous sommes dans un temps suspendu.[2] »

Un temps d’attente, certes, que Matthieu décrit comme le temps des jours de Noé. Noé, repos, consolation en hébreu[3]. En effet, notre attente n’est-elle pas espérance ? Propulsés veilleurs, veilleuses, « nous scrutons les évènements non pas dans l’attente d’un éventuel malfrat qui viendrait s’attaquer à nos biens, mais l’attente heureuse d’un évènement qui bouleversera notre obscurité. Une lumière luit, la lumière de Noël. Dans ce premier dimanche de l’avent, nous pouvons évoquer aujourd'hui la force de lumière et d’espérance qui porte par la naissance du Christ, l’affirmation que c’est Dieu qui aura le dernier mot[4] ».

Face à tous les scénarios catastrophes, Paul affirme que le jour succèdera à la nuit. Il n’a rien d’un optimisme naïf, il discerne la nuit et il sait que nous y sommes encore. Seulement il a foi en un Dieu qui nous aime et qui nous arrachera des ténèbres dans lesquelles notre monde semble s’engouffrer. Il aperçoit d’ailleurs déjà les premiers rayons d’un jour nouveau. Jésus Christ a été le premier rayon de ce jour. Il a déjà commencé à briller dans notre vie même si nous vivons dans un monde où il fait encore sombre.[5] »

Nous pourrions le traduire ainsi : « notre présent est éclairé par notre avenir » et la résignation n’en est, en aucune façon, une option.

 

4 ) et nous, aujourd'hui   ? Alors, que l’on soit dans la chambre haute, dans les champs, en train de faire nos courses, de préparer un repas, ou de faire le ménage ou du bricolage, je veux dire, que l’on soit en train de vivre notre vie de terrien, tout simplement, nous n’en restons pas moins le cœur tourné vers la lumière de Noël, vers une attente d’un Dieu qui va venir vivre à notre ressemblance, la vie de tous les jours dont parle Matthieu : « ils mangeaient, ils buvaient, ils donnaient leur fille en mariage »… Le seul hic dans cette quotidienneté toute terre à terre c’est que les humains du temps de Noé n’avaient pour seul objectif que ces actions là.

Quoiqu’il arrive, nous ne pouvons rien faire pour retarder ou avancer le temps, pour revenir en arrière changer le passé et éviter de désastreux effets dans notre avenir. Nous ne pouvons pas davantage faire un saut dans le futur pour y puiser de quoi nous faire vivre aujourd'hui. Retour dans le futur, c’est seulement du cinéma !

Alors, que faire de notre aujourd'hui ? « que ferions nous si nous avions la connaissance que ce soir notre vie, ou le monde disparaissait ? (…) Paul nous rappelle que le temps est court. Face à cette imminence du jour, il ne nous engage pas à fuir notre quotidien mais à nous restituer dans l’urgence de l’Évangile. Cette urgence nous conduit à l’essentiel : l’amour du prochain. Je paraphrase Dietrich Bonhoeffer avec cette assertion : « Être chrétien c’est être Christ pour les autres », quelles que soient les circonstances envisagées.

J’ai vu passer dans vos yeux l’ombre d’un pommier et celle de Luther, les manches retroussées, en train de le planter dans son jardin.  Luther était un veilleur, aucune, aucun de nous n’en doute. Mais sa veille spirituelle était imbriquée dans sa vie d’humain, de mari, de père, de prédicateur, de chrétien, tout simplement. Elle était tout à la fois dans les petites choses de la vie de tous les jours et dans sa veille de chrétien. La certitude de la grâce qui libère du poids d’œuvres qui seraient supposées salutaires l’a mis en marche le cœur conscient du Jour qui vient mais paisible dans cette attente.

Un pasteur écrit, je cite : « la foi est un présent qui est en tension avec un passé qu’elle a reçu et un avenir qui lui est promis. Passé et avenir sont les lieux que Dieu a choisi d’habiter. La foi est donc un présent en tension entre l’expérience de la nuit que l’on fait chaque fois que l’ordre et le chaos menacent la vie, et la lumière qu’on peut percevoir dans la promesse reçue, foi et doute, espoir et désespoir, font partie de l’existence croyante [6]».

 

Conclusion : En conclusion, voici l'histoire du père Martin, un homme qui attendait : il attendait le Christ ! Le père Martin avait reçu la promesse que Jésus lui rendrait visite le jour de Noël. C’était un vieux cordonnier, ni riche, ni pauvre, mais solitaire, si seul, si seul. Alors, à la nouvelle de cette visite, avec fébrilité, il prépare du café bien chaud qu’il garde sur un coin de feu, quelques galettes bien sucrées, des chocolats enrobés dans leur papier doré, demain c’est Noël, n’est-ce pas ? et confortablement installé dans son fauteuil au coin du feu, tout près de la fenêtre d’où il peut voir la rue, il attend, la nuit passe, le jour commence à poindre et toujours rien...  Peu à peu le ciel s'éclaire et le père Martin ne tarde pas à voir paraître sur la place, le balayeur de rues, le plus matinal de tous les travailleurs.  Il ne lui accorda qu'un regard distrait ; il avait, en vérité, bien autre chose à faire qu'à regarder un balayeur de rues ! Cependant il paraissait faire froid au dehors, le cantonnier, après avoir donné quelques vigoureux coups de balai, ne tarda pas à éprouver le besoin de se réchauffer. Le brave homme, se dit le père Martin, il a froid, tout de même.  C'est fête aujourd'hui..., mais non pas pour lui. Si je lui offrais une tasse de café ?  Et il frappa contre la vitre. Le balayeur tourna la tête, vit le cordonnier dans la porte et s'approcha. «Entrez, dit-il, venez vous réchauffer. Voulez-vous une tasse de café ? Le cordonnier servit son hôte à la hâte, puis se pressa de retourner à la fenêtre. Qu'est-ce donc que vous avez à regarder dehors ? dit le cantonnier. J'attends mon Maître Jésus, répondit Martin, qui peut venir à toute heure, et qui m'a promis de venir aujourd'hui. (…) Puis le cantonnier sortit et le père Martin se remit à guetter.

Au bout d'une heure ou deux, ses regards furent attirés par une jeune femme, misérablement vêtue, portant un enfant dans ses bras.  Elle était si pâle, si décharnée, que le cœur du vieillard s'émut.  « Elle n’a même pas un vêtement chaud sur elle », se dit-il. Peut-être cela le fit-il penser à sa fille. Il ouvrit sa porte et l'appela ! — « Eh ! dites donc ! » La pauvre femme entendit cet appel, et se retourna, surprise.  Elle vit le père Martin qui lui faisait signe d'approcher. — « Vous n'avez pas l'air bien portante, madame ».  – « Je vais à l'hôpital », répondit la jeune  femme.  « J'espère bien qu'on m'y recevra, avec mon enfant.  Mon mari est en mer et voilà trois mois que je l'attends, je n'ai plus le sous et il faut que j'aille à l'hôpital » ! — « Pauvre femme ! » dit le vieillard attendri.  Chauffez-vous et laissez-moi le marmot. Quoi !  Vous ne lui avez pas mis des vêtements d'hiver ? » -« Je n'en ai point » soupira la pauvre femme. « Attendez donc, j'ai des souvenirs de ma fille que je garde précieusement », et il les remit à la femme. Il étouffa un soupir, « Bah ! se dit-il je n'en ai plus de besoin pour personne, maintenant.»  Et il revint à la fenêtre. —(…) À attendre ainsi cette visite, notre cordonnier n’a jamais été aussi attentif aux autres et à lui-même ainsi qu’à Jésus : aux uns il dit bonjour, à un autre il offre un café, à un petit enfant, il fit don de ses galettes, à plusieurs autres de ses chocolats dorés ; puis il y eut les précieux jouets de sa fille et quelques uns de ses vêtements ...».

Le père Martin dans l’attente d’un déjà là mais pas encore, a été un Christ pour les autres. Certes, il était confortablement installé dans sa maison. C’était facile…

Pour nous, il est possible que les temps à venir soient difficiles, voire ingérables et même invivables, alors être, dans ces circonstances, un « père ou une mère Martin » dans l’adversité ? Peut-on être un « père ou une mère Martin » quand le ciel annonce un déluge d’eau ou de bombes comme en Ukraine ? Quand le « temps est court » comme l’écrit Paul, peut-on écrire sur la page blanche du jour nouveau « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur et la maitrise de soi » ? Oui, je le crois. Et toi ? Amen.

 

 

 

[1] (Lettres de Vincent Van Gogh à Émile Bernard, Vollard, Paris, 1911).
 

[4] http://www.cultes-protestants.org Matthieu 24 v 42 Jean-Daniel Wohlfahrt

[5] Lire et dire

[6] Raoul Pagnamenta lire et dire p. 44

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