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Eglise Protestante Unie de Narbonne

Dimanche des Rameaux : Matthieu 21, 1 - 11 "il veut que tu me ressembles, dit l'enfant"

1 Avril 2023, 11:36am

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

 NARBONNE 2 AVRIL 2023

 

Matthieu 21, 1 - 11

 

 «il veut que tu me ressemble dit l’enfant…»

Introduction : Nous voilà transportés dans un temps et un monde bien différent du nôtre, un monde occupé par les armées romaines. Celles et ceux qui vivent dans ce monde subissent tant de contraintes que la perspective d’une libération pourrait les pousser dans l’exaltation. Et quand une foule moyen orientale exulte, je vous dis pas la pagaïe, les bousculades, le bruit, la poussière des chemins piétinés, et tout et tout… Par ailleurs, certains ont bien profité de la situation en collaborant avec l’oppresseur romain. Et un fait qui a son importance, c’est que dans ce monde là, la religion est omniprésente et peut en un instant être le déclencheur d’explosions de joie délirante ou d’hystérie colérique. Dans notre texte, nous en sommes au temps de la joie. Nous allons en parler avec un examen succint de l’évènement décrit dans son contexte. Puis nous parlerons du personnage principal : ce Jésus dont le comportement est étonnant, compte tenu de qui il est, et de sa montée vers Jérusalem. Enfin, nous ne pourrons pas faire l’impasse sur le quiproquo qui conduira la foule en liesse à retourner sa veste, si tant est que l’on puisse parler de veste à cette époque. Et pour conclure, nous ferons nôtre cette histoire étonnante.

 

1 ) une montée vers Jérusalem : du côté  de Bethphagé (la maison des figues), une petite ville située à l’est de  Jérusalem, la rumeur circule et enfle: Il arrive, suivi de ses disciples et d’une foule nombreuse. Toutes et tous attendent un certain Jésus qui, selon ce qu’on entend dire pourrait bien être le prétendant à la succession du roi David mais aussi qu’il serait le messie annoncé qui rétablira toutes choses et même qui ressuscitera des morts ! ce n’est pas pour rien qu’il arrive par ce chemin. Le cimetière de Jérusalem est sur la route et c’est par là, nous dit la tradition, que le messie doit arriver et tout le monde sait que le messie ressuscitera les morts. Un roi… un messie…

Pourtant un enfant dit à son père qui l’écoutait d’une oreille distraite, car, quelle valeur peut avoir la parole d’un enfant ? « il a dit qu’il voulait que tout le monde me ressemble ». 

« Non mais ! silence, fils ! Un roi, c’est un guerrier qui se dresse les armes à la main pour délivrer notre pays des romains, et si en plus c’est le messie, ça va barder pour eux ! »

« Oui mais… il veut qu’on me ressemble » insiste l’enfant. « C’est ça ! un roi aussi invisible, désarmé et impuissant que toi ! un messie inoffensif, insignifiant, une buée de messie ! et quoi encore. Silence fils ! » réprimande le père qui, comme tous ses voisins se voit déjà marcher à la suite d’un conquérant vainqueur sur les cadavres encore chauds de tous ces envahisseurs barbares. Chacun, chacune se prépare à ce passage extraordinaire du libérateur annoncé par les prophètes. Sans compter que, partout autour de Jérusalem, les pèlerins venus du monde entier pour célébrer la Pâque juive, (par centaines de milliers nous dit Flavius Josèphe)[1], déambulent dans toute la région : des hommes, des femmes, des enfants, des animaux et tous leurs paquetages…

 

2 Jésus :  Que sait on de ce Jésus qui suscite tant de curiosité ? Il serait un descendant du roi David, ce qui lui permet de prétendre au titre de roi et au trône. Et les juifs ont bien besoin d’un vrai roi à leur tête, après tant d’années d’occupation et d’oppression. Il a grandi auprès de ses parents à Nazareth, en Galilée, dans le nord. Mais « peut-il sortir quelque chose de bon de Galilée [2]» ? il a environ 30 ans et déjà, partout où il est passé, les gens du pays savent que c’est un prophète, un grand guérisseur, un faiseur de miracles. Il a changé en vin des amphores d’eau dans un mariage, il a guéri toute sortes de maladies, même la lèpre, il a nourri des milliers de personnes avec trois fois rien, il aurait même ressuscité un de ses amis, Lazare, à quelques kilomètres d’ici, à Béthanie. Enfin, c’est ce qui se dit… et bien plus encore.Par ailleurs, il s’est attiré pas mal d’ennuis auprès des officiels, pharisiens, sadducéens, scribes qui le considèrent comme un concurrent qui met en danger leur gagne pain religieux, un ignorant et le pire : un blasphémateur ,  un « moi je  suis » qui se prend pour le Fils de Dieu ! Ils voudraient bien le voir mort d’une façon ou d’une autre et complotent pour arriver à leur fin. Toutes les occasions sont bonnes pour lui poser des questions pièges dont il s’est plutôt bien tiré jusqu’à présent.

On peut donc rajouter aux disciples et aux foules qui le suivent, quelques uns de ceux-là prêts à lui bondir sur le paletot dès que l’occasion se présentera. 

Pourtant, lui, il parle d’amour, de paix, d’humilité, il exhorte, il console, il a des paroles qui coulent comme une eau vive dans les cœurs écorchés de ses coreligionnaires. Écoutez le : « oh venez à moi vous qui vous épuisez, vous qui croulez sous les charges, et moi je vous reposerai. Prenez mon joug et vous apprendrez que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de votre existence[3] »

C’est vrai, il lui arrive aussi de dire des choses bizarres : « il faut naitre de nouveau[4] »… il dit aussi qu’il va mourir et revenir…

Bref, reconnaissons qu’il n’est pas aux normes, comme on dit aujourd'hui. Mais il arrive, il n’est pas loin. Il faut absolument y aller.

 

2 ) la montée à Jérusalem  : il arrive et on se croirait dans une prophétie, celle du prophète Zacharie[5] : « ton roi vient à toi monté sur un ânon, le petit d’une ânesse », un animal que personne n’a encore monté !  était-il trop jeune ou le réservait on pour un invité d’honneur ? Ce n’est pas, en tout cas, la monture idéale pour un héros combattant et victorieux… d’autant que le prophète précise : « il parlera pour la paix des nations, et sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, depuis le Fleuve jusqu’aux extrémités de la terre ».  bizarre… bizarre…ça devrait leur mettre la puce à l’oreille.

Jésus a l’air bien tranquille sur cet ânon, ses pieds ballotant jusqu’à terre, bien moins excité que celles et ceux qui l’entourent. Certains jettent leur manteau sur le sol, comme l’ont fait leurs ancêtres devant Jéhu, lorsqu’il fut oint comme roi. Aussitôt après, ce Jéhu partit en guerre contre des rois, des prophètes, Jézabel… un massacreur de première ! Antoine Nouis fait ce commentaire : « si ce parallèle est juste, il y a un énorme malentendu entre le signe de l’ânon et celui des vêtements disposés sous les pieds de Jésus. Jésus n’est pas un roi qui va massacrer ses ennemis, mais un agneau qui va être broyé par les religieux[6] ».

« Certains coupèrent des branches et les étendirent sur le chemin ». Jean précise que ce sont des branches de palmiers, le palmier symbole du juste et du beau »

La foule acclame Jésus comme un roi. Mais quel roi veut-elle ? un roi qui puisse chasser les romains, un roi guerrier, fort et brave qui sache manier l’épée et soit sans pitié pour ses adversaires. Si, en plus, il guérit et enseigne, c’est le roi rêvé !

Quant à son armée…il y a deux excités qui crient : « nous étions aveugles et nous voyons ». Autour d’eux, des femmes dont les vêtements ne laissent aucun doute sur leur métier : à coup sûr, des prostituées ; certains hommes sont en loques :des mendiants, des moins que rien ; et même des renégats qui se sont alliés aux romains pour s’en mettre plein les poches comme ce Matthieu qui était collecteur d’impôts. Il doit y avoir d’anciens boiteux, d’autres qui le sont encore, des malades guéris, et beaucoup qui attendent la guérison, bref, pas vraiment le dessus du panier… une armée qui n’a rien d’une armée ! Les romains, s’ils doivent la combattre, n’en feront qu’une bouchée de cette foule criarde et colorée. Par ailleurs, demain, après demain et vendredi prochain, sera-t-elle encore là, à crier sa joie et sa reconnaissance ?

 

3 ) le quiproquo : aujourd'hui, ici, à Narbonne, nous connaissons la suite. Nous savons ce que fit la foule dans les jours qui suivirent.

Dans sa montée sur un ânon vers Jérusalem, elle a acclamé Dieu en la personne de Jésus. Mais quel Dieu ? Les rameaux, c’est la fête du malentendu, du quiproquo, du contre-sens.

La foule veut la libération au prix du sang, elle veut manger à sa faim, elle veut la suppression des impôts, elle veut la purification du sol de toute impureté païenne ; elle veut recevoir de Jésus ce dont elle rêve depuis des siècles, tout ce qu’elle croit avoir compris de l’enseignement des prophètes : libre, elle veut être libre de tout, à n’importe quel prix et elle crie : «Hosanna pour le fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur». La foule ne donne pas, elle attend qu’on lui donne.

Jésus, lui, sait le prix qu’il devra payer pour une toute autre libération : sa vie donnée, le vendredi suivant, donnée volontairement, c’est la porte ouverte sur l’amour et le don de soi. Il vient revisiter les vies, nos vies, pour y déposer sa paix car il est le roi de paix. Oh, certes, il sait bien de quel bois nous sommes faits. Il sait que le lundi et le mardi, nous acclamerons son royaume, et que le vendredi, comme la foule et les disciples, nous serons dans l’accusation, le déni et la lâcheté. Il le sait, il l’accepte, il nous aime.

Le jour des Rameaux, ce qui est posé, c’est un acte symbolique fort qui va nous engager, à notre tour, pour la paix et l’amour à la suite de Jésus, roi de paix, Messie humble et compatissant, fils du Père, porté par l’Esprit Saint. Ce récit du jour des Rameaux, nous sommes invités à nous y retrouver dans notre histoire et notre fragilité[7].

 

Conclusion : Le pasteur henri Capieu écrit, je cite : « Cette foule qui monte comme une vague sonore annonce un secret : Jésus est l’envoyé de Dieu, un secret tout simple, sans rien de caché et pourtant il faut que chacun le découvre[8] ». (fin de citation). Cette foule, je la vois : elle ne croit que ce qu’elle voit, elle veut encore et toujours des signes, des guérisons, des miracles, elle veut la fin de la souffrance, du malheur, de la mort. Entendra-t-elle la voix de celui qui vient, monté sur un ânon, pacifique, doux, humble de cœur ?

Le père Boulad, dans une homélie à l’occasion des Rameaux, énumérait la liste des dirigeants du monde depuis les pharaons anciens jusqu’à nos dirigeants modernes, il disait entre autres : « il y a eu Louis 14, Louis 15, Louis 16 ; il y a eu napoléon 1er, napoléon 2 et napoléon 3 ; il y a eu Chirac, Sarkozy, Hollande…  et ça passe et ça tombe et la roue de l’histoire continue (…) . Il n’y a pas de Jésus 1, Jésus 2, Jésus 3 car il ne règne pas dans l’histoire, il est au-delà de l’histoire, dans la méta histoire. Et à partir de là, il rayonne, il règne sur un trône, le trône de mon cœur.[9] » C’est comme si je l’entendais, écoute : « oui, je suis roi, mais un roi qui veut faire de toi un enfant. Oui je suis roi et c’est pourquoi je suis ton serviteur. Oui, je suis roi et je t’aime, je t’aime jusqu’à la mort, je t’aime jusqu’à ma mort. Oui, je suis roi, et je suis ton frère. Je suis le frère de celui et de celle qui a faim, de celui et de celle qui a soif, de celui ou de celle qui est malade, de celui ou de celle qui est retenu prisonnier, de l’étranger et de l’étrangère, de celui et de celle qui vit dans la rue ou galère sur les routes de l’exil ; je suis le frère de l’enfant ; je suis le frère de ses parents ;  le suis le frère de ses grands parents et même de tous ses aïeux. Et toi, me veux tu être mon frère ? » L’as-tu entendu ? Que répondras-tu ? Amen.

 

 

[1] Antone Nouis Le Nouveau Testament commentaire intégral p. 162

[2] Jean 1, 46

[3] Matthieu 11, 28 – 30 traduction de Frédéric Boyer

[4] Jean 3, 3 -5

[5] Zacharie 9

[6] Ibid p. 162

[7] Antoine Nouis l’aujourd'hui de l’Évangile  p. 325

[8] Matthieu 21/1-16 Henri CAPIEU Texte : Matthieu 21/1-16 Source : Méditation radiodiffusée. FPF, (Rameaux).

[9] https://www.youtube.com/watch?v=Av3BNtmue1c

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Dimanche 26 mars 2023 : culte "autrement" chanté

28 Mars 2023, 10:51am

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Culte chanté et méditatif 26 mars 2023 : se laisser interpeller…

 

INTRO : Martine fait répéter le chant final « God’s love is wonderfull »

 

Christiane : Accueil des paroissiens

 

.... Arrivée de Félicité

Félicité : Je viens avertir que je ne resterai pas au culte

Martine (riant) : Ah bon et ce n’est pas une Félicité que je vois devant moi ???

Félicité : bah si mais …. c’est aujourd'hui un culte autrement. C'est pas ce que j'ai l'habitude ; je ne vais peut-être pas apprécier !...

Martine : Alors écoute, Félicité, je t'invite quand même à venir entendre,  juste par curiosité,  pour te faire une idée et tu sais, un culte, c'est aussi là pour nous interpeller ...

Et j'aimerais bien que nous puissions en parler ensuite...

Qu’est-ce que tu en penses, Christiane ?

 

Christiane explique ce qu’est le culte autrement :

d'abord une belle définition d'un culte autrement : "...risquer d'autres mots (chantés aussi), d'autres images, non pour le plaisir de changer mais par fidélité à cet homme qui sort des sentiers battus et nous attend toujours ailleurs, plus loin."

introduction au livre"Jésus prend la porte" d'Isabelle Parmentier et Jean Noël Bezançon,    (dessins de PIEM)

 

Félicité s'assoit devant pour écouter.

Christiane : (Elargir à l’accueil des participants : auditeurs, participants, messagers)  Elle annonce le chant les messagères 

Félicité  Moi aussi, je veux être une messagère, s'il vous plaît ?!

Christiane acquiesce

Félicité vient devant.  Martine et félicité chantent ensemble.

*****

CHRISTIANE : Félicité, ta curiosité me fait plaisir, et ton questionnement me permet de dire d’abord que c’est à l’invitation de Michel Jas, pasteur ici il y a quelques années déjà, et de son épouse Elisabeth que j’ai commencé des cultes « autrement », suite à un travail de formation avec des pasteurs alsaciens qui voulaient explorer cette idée, déjà bien répandue,  de raconter la Bible. Avec dans l’idée aussi d’intégrer des enfants au culte, pour qu’ils puissent en faire leur miel tout du long…

Entourée d’une équipe liturgique bien vaillante et bienveillante, et portée par les conseils de Philippe Perrenoud, je propose de temps en temps des cultes un peu « autrement », avec le pasteur, ou sans lui puisque aujourd’hui il est à Carcassonne.

Alors, en t’invitant, chère Félicité, à t’asseoir, je te propose une sorte de définition d’un culte appelé autrement : … « c’est risquer d’autres mots, parfois chantés, parfois même slamés… risquer la projection d’images, …  faire autrement non pour le plaisir de changer, mais par fidélité à cet homme, notre Seigneur Jésus Christ », qui sort des sentiers battus et nous attend toujours ailleurs, plus loin » (citation tirée d’un livre « Jésus prend la porte »)

 

Mais nous sommes toutes et tous messagers de la Bonne nouvelle : bienvenue à vous, bienvenue à nous ce matin, en ce lieu.

 

Félicité s’assoit.

 

Chant de Martine et Christiane annoncent le chant « les messagers »

 

FELICITE : moi aussi, je veux être une messagère…

Chant de Martine et Félicité : « les messagers »

 Chant de l’assemblée : 206 1,2,3

 

CHristiane : Nous venons nous rassembler ce matin pour toutes ces bonnes raisons, que nous venons de chanter…et par-dessous tout parce que nous sommes appelés, invités !

 

Comme le pasteur nous le disait lors de notre réunion de préparation, nos cultes se déroulent selon le canevas d’une invitation : le Seigneur nous appelle parce que nous avons besoin…DE QUOI ?

Félicité et Martine , vous allez nous le dire en chantant…

 

Chant /Témoignage de notre mini-chorale : « besoin d’un ami »

 

Christiane : Il nous a invités mais comme souvent lors d’une invitation, nous nous excusons d’arriver en retard, ou de ceci, de cela…C’est ainsi que, lors de nos cultes, après avoir remercié notre hôte, nous reconnaissons nos manquements : c’est notre repentance, que nous exprimons aujourd’hui sous forme de chant. (Luther disait que « chanter, c’est prier deux fois »)

 

Félicité et Martine : chant : « Miséricorde insondable »

 

CHRISTIANE : Pardonnés, libérés, invités sans conditions, nous pouvons tous chanter à pleins poumons, debout, bien enracinés comme le micocoulier de la cour, oui nous pouvons chanter: tu peux naître de nouveau, tu peux tout recommencer Et comme nous l’entendrons dans quelques instants, « même les arbres applaudiront « ! 

 

CHANT : 417,   1,2,3

 

Christiane : après ces entrées en matière, nous allons passer au plus important …la nourriture ! …spirituelle pour le moment, un peu plus matérielle plus tard au repas de midi…Préparons-nous donc à recevoir cette nourriture : c’est le moment de la prière d’illumination :

 

 

CHANT de l’assemblée : Arc en Ciel : 221 , strophes 1,2,3 O Seigneur, dans mon cœur je t’écoute

 

 AT Isaïe 55, 8 à 12

Non vos desseins ne sont pas mes desseins

Ni vos chemins mes chemins - déclaration de Yhwh -

Les ciels sont aussi distants de la terre

Que vos chemins de mes chemins

Et vos desseins de mes desseins –

Oui de même que la pluie tombe

Ou que tombe la neige des ciels

Et n’y remonte pas

Sans avoir abreuvé la terre

Sans l’avoir fécondée, sans l’avoir fait germer

Pour donner des semences au semeur

Et du pain à qui veut manger

De même la parole jaillie de ma bouche

Ne revient pas vide

Sans avoir produit ce qui me plaît

Sans avoir rempli sa mission –

Oui dans la joie vous sortirez

Dans la paix vous serez menés

Devant vous montagnes et collines résonneront de cris

Même les arbres applaudiront.

 

ALORS même si les arbres applaudiront, nous pouvons chanter et…brûler… comme la mèche d’une lampe allumée

CHANT : Trouver dans ma vie ta présence 601,    1,2,3

 

ERIC ? LAURENT ? : Lectures NT : Jean 13, 4 à 9 puis verset 12

Il se lève, quitte le repas, dépose ses vêtements et prend un linge qu’il noue autour de ses reins. Puis, ayant versé de l’eau dans une bassine, il commence à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge. Il se présente devant Simon-Pierre, qui lui dit : Quoi, Seigneur, toi, me laver les pieds ?

Ce que je fais, répond Jésus, tu ne le comprends pas à présent mais, plus tard, tu comprendras.

Et Pierre : Ah çà non, tu ne laveras pas les pieds, jamais de la vie !

Si je ne te lave pas, dit Jésus, tu ne pourras rien partager avec moi.

Alors pas seulement les pieds, seigneur, dit Simon-Pierre, mais les mains et la tête.

(…)

Après leur avoir lavé les pieds, il a remis ses vêtements,repris sa place parmi eux et demandé : comprenez-vous ce que je viens de faire ?

 

CHRISTIANE : Oui comprenons-nous cette interpellation du Maître relatée par Jean ?Comprenons-nous cette phrase si poétique lue dans le livre prophétique d’Isaïe : « même les arbres applaudiront » ?

Il y a des écrits qui nous interpellent, qui nous secouent même, et chacune ou chacun d’entre nous a  «  ses » versets préférés, mais aussi des versets qui nous font trébucher.

Il y a aussi des gestes forts de Jésus qui nous « secouent »parfois. Des gestes simples, ou inouïs, à « haute  valeur ajoutée », si vous me permettez l’expression. Des gestes qui nous marquent, qui nous dépassent, là où nous ne sommes pas encore…

J’en énumère quelques uns (montrer livre : 15 gestes de Jésus) :

En Samarie, Jésus resté seul, demande à boire à une femme seule, en tête à tête si j’ose dire…

Au Temple, il remarque l’offrande furtive de la veuve 

A Cana, il change l’eau en vin pour revivifier une banale  fête de mariage, mais aussi pour signifier à Marie que son parcours »public »commence

Parfois il dort en pleine tempête et parfois il se fâche en paroles et en actes

Face à une femme en danger de lapidation, il désarme ses juges en écrivant sur le sable

Il pleure son ami Lazare, il touche le lépreux, il se laisse toucher au propre et au figuré par une femme « honteusement » affligée par des pertes de sang…

Parfois, contre toute attente, il s’éloigne pour prier, parfois il se tait alors que son entourage attend qu’il parle, parfois il bénit les enfants…

Et puis, au cours d’un repas,(alors que c’est un geste réalisé à l’arrivée du convive, en guise de bienvenue) il lave les pieds de ses disciples, d’abord sans un mot, en silence…

L’évangile de Jean mentionne cet épisode, en disant qu’il s’agit du dernier repas partagé avant la fête de la Pâque. Au tout début du chapitre 13, il nous est dit que Jésus sachant que son heure était venue, l’heure de passer de ce monde au Père, lui qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, il les aima jusqu’à l’extrême.

D’où ce geste « extrême » qui inaugure une sorte de compte à rebours.

Lors d’un entretien téléphonique avec Patrick qui me demandait un résumé de la thématique de ce culte chanté, il m’a informé avoir rencontré récemment Charles Klagba, pasteur à Douai, dans le Nord.

Celui-ci lui a parlé de ce geste qui interpelle : dans sa paroisse actuelle, il y a des moments où il y a « le lavement des pieds » …

Pierre, lui, en tout cas, est outré ! Ce sont en général les derniers des esclaves qui lavent les pieds pleins de poussière des visiteurs que le maître de maison reçoit.

Oui ce n’est pas l’hôte mais les serviteurs qui s’agenouillent.

Non Pierre n’est pas content ! Et il le fait savoir de façon quelque peu intempestive.

Cette scène est criante de vérité. Et quand Pierre commence à comprendre un peu ce qui le dépasse, nous vibrons avec lui quand il s’exclame : « Oh Seigneur, lave-moi alors pas seulement les pieds, mais les mains et  la tête. »

Ce « cri du cœur » de Simon-Pierre fait écho au cantique que nous avons chanté il y a peu : « Tu peux naître de nouveau, tu peux tout recommencer, avec Jésus pour berger… »

Ce cri de Pierre entre en résonance avec les « grandes eaux du baptême », mais aussi avec des images de « nettoyage à grandes eaux » puisées dans la littérature ou le cinéma.

Je pense à ces descriptions dans le livre de Marguerite Duras (Un barrage contre le Pacifique ) où elle décrit ces journées de ménage intégral où sa mère nettoie son logement de service indochinois à  coups de seaux d’eau renversés  sur le sol. Et me vient en mémoire une scène d’un film algérien vu récemment : Houria, de la réalisatrice Mounia Meddour : à la fin du film, juste avant la séquence finale montrant une danse collective magnifique qui signe la renaissance d’un groupe de femmes cabossées par la vie et plus spécialement l’énergique travail de deuil d’une jeune danseuse, Houria, en mémoire de son amie noyée en Mer Méditerranée, alors que cette dernière voulait vivre libre en Espagne, Houria donc, et sa mère je crois, lessivent le sol de la terrasse, à grandes eaux, pour préparer la fête au mieux.

Ce lavement des pieds, qui fait bondir Pierre, fait aussi écho au Magnificat de Marie en LUC 1, verset 52 : « Le tout puissant a jeté les puissants à bas de leur trône et il a élevé les humbles ». C’est un chant de femme très subversifs et toujours d’actualité au 21ième siècle !

Cette « servitude volontaire » du Christ(selon les mots de la Boétie)nous interpelle nous aussi.

Jésus lave les pieds de ses disciples et voilà Dieu qui se met à genoux. 

Jésus n’est pas seulement un admirable personnage du passé, mais il est notre contemporain et chacun de ses gestes a vocation à résonner en nous.

Paul Claudel, l’écrivain, fait dire à Jésus dans un de ses poèmes : « Pour ne pas me préférer, il aurait fallu ne pas me connaître »

Les Evangiles ne sont pas des textes de musées, mais ils sont porteurs d’une «  parole à dévorer » ainsi qu’il est dit dans le livre de l’Apocalypse.

Alors écoutons l’actualisation de ce passage au travers d’une méditation de Jean Debruynne, tirée du livre « 15 gestes de Jésus »

 

il lave les pieds. Il parle avec ses gestes.

Il ne dit pas un mot, il parle avec ses actes.

Dieu lave les pieds de l’humanité.

Celui qu’on appelle « le Seigneur » et « Le Maitre »

Se lève de sa place.

Il se met à genoux pour laver les pieds des apôtres.

 

Le grand patron se fait manœuvre.

Le grand chirurgien se fait garçon de salle.

La grande vedette ramasse les ordures.

Le grand prince se fait valet de chambre.

La grande dame se fait femme de ménage.

La sagesse est en folie.

 

En lavant les pieds, Jésus met le monde à l’envers.

Le monde était tombé sur la tête. Jésus le remet sur ses pieds.

Il bouscule l’ordre des places, il défait le système des principes.

Il touche aux frontières, il renverse les habitudes.

Il remet tout en question :

Non seulement, Dieu se fait humain mais il se fait de dernier des humains.

Dieu se fait domestique, il lave les pieds.

Après cela, comment vont faire les gens au pouvoir

Pour que l’on continue de croire à leur importance et à leur grandeur ?

Pour Jésus, la vraie grandeur et l’importance, c’est de laver les pieds.

Pour Jésus, ce n’est pas une « corvée » ou un « sale boulot »,

C’est son Amour. Ce sont les pieds que Jésus lave,

Et non pas les âmes et les cœurs.

C’est que pour Jésus le corps est très important.

Le corps, comme le cœur, est fait pour aimer

Et les pieds font partie du corps.

Les pieds, pourtant, n’ont pas bonne réputation.

On dit : « Bête comme ses pieds », « jouer comme un pied »,

Sans oublier les « pieds de nez » qui sont un geste de mépris.

Jésus lave les pieds. Dieu se met aux pieds de l’humain

Parce que les pieds sont ce qu’il y a de plus humble chez l’humain.

Dieu se met à genoux devant l’humain

Tellement l’humain est grand aux yeux de Dieu.

Jésus lave les pieds parce que c’est sur ses pieds

Que l’humain se met debout et qu’il marche.

Jésus lave les pieds, c’est sa manière de dire encore et encore

« Lève-toi et marche… »

 

MOMENT de SILENCE

En réponse au cadeau de la Parolepartagée, l’Assemblée répond par un chant :

Chant AeC 526 ; Jésus est au milieu de nous, 1,2,3

 

Une autre façon encore de dire MERCI pour l’invitation : c’est d’offrir un don , c’est le moment de l’offrande, comme nous apportons un bouquet à la maîtresse de maison, par exemple

 

Offrande et Offrande d’un chant de Félicité et Martine : je viens vers toi les mains ouvertes

 

Moment des ANNONCES (PATRICK)

 

PUIS moment de partage des ressentis, si volontaires…

 

Recentrer sur le déroulement du culte : Chant de l’Assemblée : pour cet immense bonheur, ALLELOUIA

(air de MicKaël est de retour )

 

CHRISTIANE : Inviter à se lever pour la prière d’intercession. (JEAN-FRANCIS)

 

Prière d’intercession : culte 26 mars 2023 (Charles Singer) (JEAN FRANCIS GARROS)

 

Père, regarde ceux qui sont diminués ou déchirés

Dans leur corps ou dans leur cœur

Ceux qui n’en peuvent plus de souffrance,

Ceux dont la maladie a tué l’espoir

Ce sont tes enfants crucifiés de maladie

Donne-nous le courage d’aller vers eux

 

Père regarde ceux qui sont enfermés dans la pauvreté

Et qui ici, ou ailleurs, crient au secours

Ceux qui crient à la dignité, au travail

Celles et ceux qu’on laisse dans l’ignorance

Ceux qui sont parqués dans des camps

Ils ont tout perdu, perdront-ils leur humanité ?

Ce sont tes enfants crucifiés de misère

Donne-nous le courage d’aller vers eux

 

Père, regarde ceux qui sont écrasés de violence

Et qui ne savent plus comment échapper aux coups

Ceux qui sont broyés par la guerre

Et qui ne savent plus comment échapper à la terreur des armes

Regarde ceux qui ne connaissent de leur frère en humanité

Que le visage déformé de la haine

Et des mains prêtes à frapper.

Ce sont tes enfants crucifiés de violence

Donne-nous le courage d’aller vers eux.

 

Père, regarde les familles déchirées

Regarde ceux qui sont en attente de tendresse

Ceux qui désespèrent et n’attendent plus rien

De la vie ni des autres

Regarde les toutes et tous

Père de Jésus – Christ

Ce sont tes enfants crucifiés de solitude

Donne-nous le courage d’aller vers eux.

TOI qui nous redis sans cesse : lève-toi et marche

 

 

ET voici la prière enseignée par le Christ lui-même :

NOTRE PèRE : (PATRICK)

 

CHRISTIANE : Moment d’envoi :

VIENS et nous bénis

Dieu de la rencontre

C’est toi qui nous unis,

Ton amour le montre

Garde tes enfants

Au creux des tempêtes

Comme au temps des fêtes

Sois toujours présent

 

Bénédiction : Patrick

Notre Père

Qui est au cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour

Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du  mal

Car c’est à toi qu’appartiennent le règne la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles, Amen.

 

 

 

 

Bénédiction

Sœurs et Frères, que se passe-t-il ? Nous pensions beau temps, tombe la pluie, nos pensions calme et détente, c’est le bruit, nous pensions rires, viennent des colères…

Ne perdons pas notre boussole, ne perdons par notre espérance, ne perdons pas le chemin que nous trace le Seigneur,

Nous pensions désespérance et vient le souffle fragile d’une parole de paix, nous pensions aux murs nus et gris, et apparaissent des fleurs à l’entrée de notre demeure de prière,

Que se passe-t-il ? Le Seigneur est là, il nous rassemble et nous garde malgré les pluies, malgré les bruits et les colères, il nous tend ses bras, il change pour les mariés, l’eau en vin, et quand vient l’heure du dernier repas, comme signe pour nous accueillir après un voyage, il lave les pieds des disciples, il nous apaise, et il nous bénit et fait de nous tous des messagers de paix.

Allons sortons de nous-mêmes, sortons de nos impatiences, et soyons attentifs à l’inattendu de sa présence.

 

 

Chant final : TOUS, avec Félicité et Martine (plus gestes)

God’s love is wonderful

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Conférence "La fin de vie" rencontre débat

20 Mars 2023, 15:59pm

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Conférence  "La fin de vie" rencontre débat

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Dimanche 19 mars 2023 Jean 1, 9 - 41 "anthropos ? j'en suis !"

18 Mars 2023, 19:22pm

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

 NARBONNE 19 MARS 2023

 

Jean 9, 1 - 41

 

 «anthropos ? j’en suis… »

Introduction : Un homme est là, assis sur le bord du chemin, un homme, aveugle, mendiant les quelques leptes qui pourront lui permettre de se nourrir plus que parcimonieusement ce jour là. Jésus passe et le guérit aux yeux de tous. Précisons que c’est un jour de sabbat. Le texte ouvre à bien des possibilités de commentaires. Ce qui a attiré mon attention, c’est le mot grec qui désigne  l’aveugle : « anthropos », un humain ; et j’ai vu en lui tant d’autres humains, hommes et femmes, atteints d’un mal qui les contraint a une vie sans saveur, compliquée dans bien des domaines, une vie douloureuse qui sépare, éloigne de la norme sociale en vigueur dans leur monde. Et aussi des maux qui touchent au cœur, à l’esprit, au spirituel, tout aussi invalidants. Notre péricope est comme un révélateur d’intérieur, un développateur (si, si, il est dans le dictionnaire) de cœur.

Nous parlerons dans un premier temps, de cette vie imposée aux handicapés, aux malades, aux « pas comme tout le monde » à l’époque de Jésus.

Puis Jésus vient, lumière du monde, annoncée au chapitre précédent,[1] posant son regard compatissant sur ce personnage qui vit dans l’obscurité, une ténèbre pas seulement physiologique, mais celle d’une vie effacée, comme gommée pour son entourage, tout à coup projetée en avant, devenue visible et sujette à bien des commentaires étonnants. Et si, illuminées par la lumière du monde, ces ténèbres devenaient lumière ?

Enfin, il me semble de l’ordre du possible que nous puissions reconnaitre en nous quelques uns de ces personnages. Une question en suspens…

Il n’empêche que cette péricope est un récit d’espérance et ce sera l’objet de ma conclusion.

 

1 ) handicapé au temps de Jésus : Commençons par cet homme, aveugle de naissance (au fait, comment les disciples ont-ils appris ce détail ?) et la vie, misérable, peut-être douloureuse qui est la sienne. Il est là, probablement assis sur le bord du chemin, couvert de toute la poussière soulevée par les passants, condamné à inspirer toutes ces particules nauséabondes, toussant peut-être, victime consentante de cette position si inconfortable qui lui permet de survivre.

La réaction des disciples de Jésus est le reflet des croyances répandues dans le monde juif : « Rabbi, qui a péché ? lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? ». Il y a forcément une faute à la clé. Nous avons tous lu le livre de Job et ce que ses amis pensent et disent de lui. J’imagine tous les ragots qu’un tel point de vue pouvait susciter, et combien la médisance ajoutait un poids supplémentaire au handicap déjà bien lourd d’une cécité qui mettait l’aveugle à la merci de la bonne volonté de sa famille, de ses proches et des éventuels donateurs. Dans ce monde-là, la maladie ou un handicap physiologique sont ressentis comme un abandon de Dieu[2]. L’aveugle n’est heureusement pas atteint d’une maladie contagieuse car alors, même cette place sur le bord du chemin ne lui serait pas permise.

Mais il y a pire dans ce monde où la religion s’infiltre dans tous les domaines de la vie : certains handicaps, certaines maladies fermaient la porte de la synagogue et aussi, bien sur, du temple aux personnes dans cette situation. Le livre du Lévitique va plus loin, interdisant l’accès du service au temple à un lévite « aveugle, ou boiteux, qui a un nez aplati ou des membres difformes, une fracture à la jambe ou au bras, s’il est bossu ou gringalet, affligé d’une tache à l’œil, un galeux ou un dartreux (…) aucun descendant d’Aaron, s’il est infirme, ne doit s’avancer pour présenter les mets du Seigneur[3] ». Et alors, s’il y a eu péché, comment exprimer sa repentance sans accéder aux sacrifices rituels imposés par la Torah ? Situation cornélienne… si j’ose le dire ainsi.

Jésus remet les pendules à l’heure : « ce n’est pas lui ou ses parents qui ont péché ; c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ». Inutile de regarder dans le passé, c’est à aujourd'hui qu’il faut s’intéresser. Le pasteur Pernot écrit : « Il y a du mal qui a été fait, et peu importe de trouver le coupable. L’important c’est de trouver une issue, une solution et c’est là que l’œuvre de Dieu peut se manifester [4]».

 

3 ) pierre de touche:  L’issue,  la solution, pour cet homme là, Jésus va la mettre en œuvre : avec de la terre et sa salive, il façonne un cataplasme de boue qu’il applique sur les yeux de l’aveugle. Puis il invite l’homme, chez qui la passivité a du devenir une seconde nature, à se prendre en main : « va te laver au bassin de Siloé ». Siloé signifie « envoyé ». C’est un bassin parmi d’autres réservoirs, qui se situe au sud du temple. Son histoire vaudrait bien une prédication. C’est une des options que n’aie pas retenue. Mais vous, peut-être, dans la semaine, si vous avez un peu de temps… L’aveugle obéit (on ne sait pas comment il s’y rend) et il fut guéri.

Et là, les embrouilles commencent pour lui. Pour Jésus, dans le chapitre 8, il en a eu son compte qui va encore s’agrandir. Donc, un aveugle retrouve la vue, quel sujet de joie, de reconnaissance, de louange pour tous ceux qui le connaissent et même pour ceux qui ne le connaissent pas. Un merveilleux miracle qui va le remettre sur les rails de la vie ordinaire d’un juif du gros de la troupe. Joie pour cette guérison !...

Et ben, non ! Il voit ? c’est quoi ce binz ? ça bouillonne dans les cœurs : ça ne peut pas être lui ! Ce n’est pas mon voisin, né aveugle… impossible… ils nous l’ont interchangé…  Dany Lary doit être dans le coin… enfin, lui ou un de ses semblables de l’époque…

Et lui, pauret, disait : « c’est moi ».

Quant aux pharisiens, scandalisés par une guérison opérée un jour de sabbat, ce n’est plus un simple « binz », c’est la bérésina ! Un groupe s’offusque : « cette guérison ne vient pas de Dieu puisqu’elle transgresse la loi du sabbat » et d’autres disaient : « oui, mais, quel pécheur pourrait faire un tel miracle ? »

Du coup, ils vont questionner les parents qui se gardent bien de les contrarier et les renvoient vers leur fils.

Nous en sommes au point où nous constatons que devant une même personne qui a vécu un seul évènement, qui sort de l’ordinaire, je vous le concède, les opinions divergent jusqu’à se poser aux antipodes les unes des autres.

Qu’en est-il pour le miraculé confronté à tant de regards contraires ?

Il affirme : « c’est moi ». C’est ce qu’il dit : « ego eimi », parole christique par excellence dans l’évangile selon Jean. Plutôt audacieux ! C’est toujours le même homme, mais il se perçoit différemment. Avant, pour tous, il était un objet que l’on déplace au fil des heures du jour. Maintenant, il est devenu un homme nouveau, par le don reçu qui fait de lui un « moi je suis », libéré des regards qui faisaient de lui un « rien du tout », libérés des pourquoi et des comment qui écrasaient en lui toute velléité de vie. Il me rappelle la femme samaritaine que Jésus croisât au bord d’un puit. Désormais réceptacle du don de Dieu qui donne la lumière et la vie, c’est un homme debout, voyant et témoignant, car sa guérison n’est pas seulement un soulagement, un repos, mais bien un nouveau départ, comme un starting-block sur lequel il va s’appuyer pour s’élancer dans une vie de disciple. Aux pharisiens il témoigne : « si celui-ci n’était pas issu de Dieu il ne pourrait rien faire » et à Jésus il confesse en se prosternant : « Je crois, Seigneur ».

 

2 ) anthropos, moi aussi  : cet aveugle, cet « anthropos »est devenu la pierre de touche sur laquelle autour de lui certains trébuchent, aveugles aux yeux pourtant voyants. La cécité est devenue aveuglement.

Certains se glissent dans la coquille protectrice d’une négation catégorique face à un miracle pourtant éclatant : «les uns disaient : c’est lui. D’autres disaient : non, mais il lui ressemble. »

Les religieux, eux, attachés, je pourrais même dire, collés, à la virgule du texte de la Torah, s’indignent de la transgression insupportable d’une tradition sabbatique qui remontait aux calendes mosaïques : « il n’est pas avec Dieu cet homme, car il ne veille pas sur le sabbat ».

D’autres sautent sur l’occasion pour mettre en défaut leurs collègues en insinuant un doute qui ferait d’eux les « c’est moi qui aies raison », chacun aveuglé par sa propre conception immuable de son moi supérieur.

Les voilà à leur tour devenus aveugles ou plutôt aveuglés

- soit par un évènement impensable, qu’ils ne peuvent envisager en possible, - soit par la crainte d’un retour de bâton de plus fort qu’eux,

- ou par l’orgueil d’une position théologique sacro-sainte dont on ne saurait changer le moindre iota.

Comme nous leur ressemblons à ces « anthropos »… un jour ou l’autre dans notre vie !

Ils sont tous et toutes, nous sommes tous et toutes pris au piège de la faiblesse de notrer humanité, une humanité que nous partageons, et dans ce cas précis, pas très jolie, jolie. Mais une espérance est offerte, espérance d’une guérison ardemment souhaitée et accordée. C’est ce que constate Dietrich Bonhoeffer.

 

Conclusion : Voici ce qu’il écrit, ce sera notre conclusion, je cite : « Voici que la grâce de l’Évangile, si difficile à comprendre aux gens pieux, nous met en face de la vérité et nous dit : tu es pécheur, un très grand pécheur, incurablement, mais tu peux aller, tel que tu es, à Dieu qui t’aime. Il te veut tel que tu es, sans que tu fasses rien, sans que tu donnes rien, il te veut toi-même, toi seul… Réjouis-toi ! En te disant la vérité, ce message te libère. Dieu veut te voir tel que tu es pour te faire grâce. Tu n’as plus besoin de te mentir à toi-même et de mentir aux autres en te faisant passer pour sans péché. Ici, il t’est permis d’être pécheur, remercie Dieu. » Merci, Seigneur !

 

 

 

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Dimanche 12 mars 2023 : Jean 4, 5 - 42

14 Mars 2023, 10:03am

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Narbonne 12 mars 2023

Jean 4, 5-42

Pasteur Philippe Perrenoud

Cantiques 419, 609,542.

Voilà un beau passage, pour notre foi, et pour le monde en général… tout le monde…

Ce passage n’est pas toujours facile. Cette histoire est un peu mystérieuse, voire difficile… comme le sont les relations humaines, et notre monde, parfois… toujours…

Ainsi ces deux personnes, Jésus et cette Samaritaine : avec leurs parcours, leur histoire, qui se rencontrent. Mais qui semblent parler à des niveaux différents, comme deux étrangers. Il y a des malentendus partout ; dans ce passage en particulier : au point de se dire qu'ils sont voulus, pour pousser plus loin. Peut-être un peu comme en psychologie : ne pas répondre à la demande immédiate pour aller chercher plus loin, plus profondément ?... toujours est-il qu'il y a ici deux langages et des sujets de conversations qui changent très vite : on parle de l'eau. Oui mais de quelle eau ? On parle de maris. Oui mais de quels maris ?

Jésus parle d’eau, mais qui représente aussi autre chose : l’eau symbole de vie, de condition nécessaire de vie ; et de création.

Elle ne semble pas comprendre. Et nous ? Il va alors plus loin : parle de ces maris successifs. Il y a eu beaucoup de recherches, ou plutôt de suppositions, sur ce que pouvaient représenter ces maris, quels symboles il pouvait y avoir là. Beaucoup de suppositions, alors que la réalité est peut-être comme nos vies et comme nos relations : à la fois plus simples et plus mystérieuses…

Comme pour nous dire que Jésus perçoit, en elle et au-delà d’elle : il la voit, profondément… non pour la juger, la condamner : ce regard profond va être un exemple de Grâce, et faire d’elle un relais de Grâce… Elle va découvrir non seulement un prophète, mais le Messie, et finalement le Sauveur...

Comment ? Ils sont avec leurs parcours, leurs origines, leurs buts différents ; mais à ce même puits : comme une Église, qui signifie appelés hors de  nous sommes différents, mais appelés ensemble : comme lieu de rencontre. Et ce puits là : symbole/lieu de racines (puits de Jacob) Des racines qui donnent à vivre : non pas à enfermer, chacun dans sa logique, mais qui peuvent donner vie ; si on l'accepte et si on y puise... un ressourcement qui permet le dialogue, envoie et rassemble…

Les deux langages si différents de tout à l’heure auraient pu en rester là... Il est tellement plus simple de se limiter à ce que l’on connaît/croit connaître, dans nos limites… nos a-priori… c’est si simple et rassurant… Et après tout, pourquoi y aurait-il rencontre entre ces deux personnes, ces deux univers, ces deux perspectives ? Est-ce bien nécessaire ? A quoi bon ? Et tant d'autres questions que vous entendez peut-être... à propos d'univers différents, de cheminements…

D'autant plus qu'on pourrait s'étendre sur les barrières entre Jésus, le Juif, et la Samaritaine. Les Samaritains étaient mal vus des Judéens. Et il y avait de quoi... Ils représentaient un peuple qui se serait accommodé des envahisseurs Assyriens. Ils ne se rendaient plus à Jérusalem, car il avaient d'autres lieux, comme le Mont Garizim ; en fait par volonté de fidélité à la Loi seule. Chacun était donc sûr de son bon droit, d'être le plus fidèle, le meilleur...

Ils étaient comme étrangers l'un à l'autre. Étranger dans le sens profond du terme : l'autre non seulement différent, mais avec un passif dans les relations, des à priori,/tant d'à priori dans les regards ! Et pourtant Jésus a traversé la Samarie. Le texte nous dit même il fallait ; or dans la pratique, il ne fallait pas nécessairement !... Mais Jésus ne peut se satisfaire de cela, se débarrasser de cette question, se satisfaire à bon compte de cette situation... de nos barrières, limites. Alors il fallait effectivement ! Non pas comme une obligation qui nous tombe dessus, mais comme un choix…

Car si on ne traverse pas la culture de l'autre, le dialogue ne sera pas plus possible, et la vie réduite à de l'eau stagnante...

Malgré les barrières et les malentendus qui les séparent, les deux commencent à se parler et à s'écouter ! Les deux étrangers, voyageurs arrivent à se comprendre. Chacun va découvrir l'autre. Et à travers cela, ils découvriront la vraie personne qu'est l'Autre. Comme évoqué jeudi soir : les autres et l'Autre, avec un A majuscule, y compris de Dieu lui-même ! Notre foi n'est-elle pas ainsi/d'ailleurs, médiatrice dans tant/toutes dimensions de vies...

Les deux langages s'approchent finalement, et se reconnaissent autour de la même affirmation que Dieu est Esprit et ceux qui l'adorent doivent adorer en esprit et en vérité. La polémique entre les deux lieux (Jérusalem et Garizim ; ou d'autres...) est dépassée par une spiritualité vivante et partagée.

En fait, les deux étrangers se retrouvent auprès de Dieu, parce que reconnu lui-même comme différent... Différent au-delà de nos particularismes, source de Vie !

N'est-ce pas vrai que d'« accueillir le différent » peut être source de vie ?

La femme va sortir de son enfermement, et va vivre pour,/avec les autres... Comment ne pas partager et vivre cette bonne Nouvelle ?... source de vie ; elle reste elle-même, mais elle accepte autre chose...

Nous savons combien il est parfois difficile de parler des mêmes choses, de se mettre sur la même longueur d'onde, plutôt que de rester à deux niveaux différents : chacun le sien...

Nous savons combien il est parfois plus difficile de chercher à dépasser les malentendus que refuser le dialogue...

Plus encore : pas seulement de faire malgré nos différences, mais de faire avec nos différences...

Mais nous savons aussi combien il est parfois plus difficile de comprendre l'autre que de vivre chacun retranché chez soi ;

plus difficile de parler, tendre la main, recevoir un regard de Grâce que de rester dans des à priori ;

plus difficile de réfléchir que de rejeter.

Nous savons combien une paix véritable est parfois si difficile...

Mais sinon, ne serions-nous pas

en train de laisser nos forces de vies, nos eaux vives au fond d'un puits profond ?

en train de laisser stagner cet échange de Vie.

Le chemin de rencontres, auquel nous sommes appelés, n'est pas facile ; mais possible. Le Christ nous précède sur ce chemin. C'est lui, l'autre différent, qui nous a ouvert ce chemin : par sa mort et sa résurrection : de l'eau stagnante (au fond d’un trou !) à l’eau vive !

Amen.

 

 

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Dimanche 26 février 2023 : Matthieu 4, 1 - 11

26 Février 2023, 22:15pm

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Matthieu  4, 1-11

Pasteur Philippe Perrenoud

 

Quand nous devons présenter quelqu'un (pas seulement son nom, mais aussi sa personne ; et surtout cette personne a de l'importance pour nous), nous ressentons combien cela peut être difficile, combien notre regard et nos mots sont limités face à la complexité d'une personnalité. Cela est aussi le cas dans les Évangiles…

Le passage d'aujourd'hui se situe au tout début de la présence terrestre de Jésus, juste avant son ministère public. L’Évangile essaye donc de nous le présenter. Cela est d'autant plus difficile que :

  • Jésus n'est pas quelqu'un comme les autres... Ou plus difficile encore : il est aussi quelqu'un comme les autres... Il vient d'être reconnu comme Fils de Dieu (lors de l'épisode du baptême, qui précède juste l'extrait d'aujourd'hui). Mais les Évangiles nous rappellent alors, par l'extrait de ce matin, qu'il est aussi un homme. Donc ressentant les choses comme chaque humain ; d'où des récits de tentations ! Que la présence de Dieu puisse se vivre ainsi, parmi nous, est toujours et encore si difficile à réaliser...
  • A l'époque où l’Évangile est écrit, cela est d'autant plus nécessaire à rappeler que des groupes se font une image trompeuse du Christ, dont ils tronquent la personnalité en oubliant soit la divinité, soit l'humanité ; alors que tout est là : dans ce divin qui se réalise de façon si simple, si humble, si humaine ; et dans cette humanité, qui accepte et vit le divin jusqu'au bout.

 

En ce début de « Carême », ce texte nous ouvre un chemin : après un temps de préparation, le spirituel, et même le divin vient au cœur de l'humain ; pour lui permettre de vivre de vrais choix...

Une chose qui distingue peut-être le Christ, à la fois dans sa nature humaine et dans sa filiation divine, ce sont ses choix : le fait qu'il ait à faire des choix (ce qui n'est humainement pas évident, et pas évident non plus dans la perception religieuse d'aujourd'hui (et je pense ici à une discussion récente ; sur un sujet un peu récurrent) : la religion n'est-elle pas trop souvent vue comme quelque chose qui nous imposerait ceci ou cela, ou comme une loi supplémentaire...

Nous sommes ainsi, dans ce passage, devant une présentation de Jésus face à des choix « de haute lutte ». Tout comme nous pouvons le vivre. Et tout comme nous pouvons parfois le vivre, le mal est présenté comme un bien, ou une forme de bien. Et/ou l'attrait du bénéfice immédiat prime sur ce qui peut être nuisible à plus long terme.

 

Jésus se retire dans le désert, lieu de solitude, voire d'épreuve. Mais surtout, dans la Bible, lieu de rencontre avec Dieu. C'est ce qui va se passer, mais d'une des façons les plus profondes qui soit : en passant par dessus la séduction, l'aspect trompeur de la réalité immédiate. Les 3 tentations de Jésus reposent sur 3 éléments fondamentaux de l'espérance messianique d'alors ; ces 3 éléments sont aussi ici 3 moyens d'influences, et même de pouvoir, toujours actuels :

l'économique, le spectaculaire, et le religieux.

La 1ère tentation, celle du pain, rappelle la manne lors de l'Exode ; et la réponse donnée par Jésus est justement tirée du Deutéronome. Jésus repousse cette 1ère tentation parce qu'il ne veut pas utiliser ce qu'il a reçu pour son profit personnel. Il est évident qu'il avait besoin de pain, comme nous, comme tous. La tentation n'était pas de prendre quelque chose de foncièrement mauvais, mais de croire que le pain (ou autres moyens économiques) est tout. Le Royaume de Dieu n'est pas non plus une boulangerie ! L'homme ne vivra pas de pain seulement. Jésus multipliera des pains, plus tard ; mais ce sera pour nourrir des foules et leur donner en signe de vie.

 

Quand à la 2ème tentation, si Jésus y avait cédé, il se serait forgé d'un seul coup une immense popularité ! Non seulement à cause d'un exploit acrobatique, mais surtout comme signe d'un Messie surnaturel. Mais c'en aurait été fini de sa présence semblable à nous en toutes choses. Les hommes l'auraient vu comme un magicien ou un acrobate ; une religion extra­ordinaire peut-être, mais sans foi personnelle et sans dimension humaine... ça aurait sans doute été plus facile pour lui ; mais la double dimension de sa présence aurait été faussée... sa mission perdue...

Si on cherche le Royaume de Dieu, on ne va en effet pas au cirque, au sens propre ou au sens figuré : religion-spectacle, politique-spectacle, etc. Or nous sommes dans une société où la forme et le spectacle comptent beaucoup plus que le fond. Cela ne veut bien-sûr pas dire que ces choses soient mauvaises en elles-mêmes : mais il faut se méfier du mélange des genres quand ils amènent à la confusion. En plus du risque majeur qu'est la manipulation, ceux qui sont impressionnés par ces merveilles n'avancent pas forcément sur les grandes questions… L'acrobate et le spectacle peuvent nous amuser, nous distraire, mais ne nous sauve pas. Nous venons dans la foi, par son appel et notre réponse, simples et sincères.

 

Dans la 3ème tentation, il est suggéré à Jésus de devenir un souverain temporel, puissant, au dessus des autres. Beaucoup (à l'époque comme encore aujourd'hui) attendaient un Messie-libérateur-puissant qui chasserait par la force ce qu’on n’aime pas. Mais pour Jésus, la pire oppression de son peuple ne provenait pas de la présence des Romains, mais du poids de toute injustice humaine. C'est donc vers le Dieu de la libération qu'il faut se tourner, et vers lequel nous invite à nous tourner la citation faite par Jésus. C'est ainsi qu'il instaura vraiment le Royaume, et non une vassalité de plus…

 

Ces tentations auraient vraiment consisté à passer un « pacte avec le diable », c'est-à-dire à être prêt à tout pour arriver à un but, à notre but. Être prêt à tout, avec ce que cela a de trompeur. Car (quoiqu'on en dise ou entende parfois) en pervertissant les moyens, c'est la finalité même que l’on pervertit... Par exemple faire comme tout le monde pour réussir : c'est souvent là que nous pouvons nous perdre à force de vouloir gagner un peu plus...

 

Par 3 citations de la Bible, Jésus repousse ces tentations, avec tout ce qu'elles impliquent. Il ne sera pas un messie-boulanger ; il ne sera pas un messie-magicien-acrobate au Temple ; il ne sera pas non plus un Messie-Empereur ; il prendra plutôt le long chemin, le dur chemin des hommes. En se faisant élever sur la croix, il nous élèvera tous, et pour toujours.

 

Ce qui fait son identité, c'est peut-être cela : une présence non pour lui-même avant tout... mais une humanité qui vit pleinement la présence de Dieu, avec et pour les autres.

 

Amen

 

 

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Dimanche 19 février 2023 : Matthieu 5, 38 - 48

21 Février 2023, 10:38am

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Narbonne 19.2.23

cantiques : 222, 174, 427

Matthieu 5, 38-48

Pasteur Philippe Perrenoud

Il y a beaucoup de choses, dans ce « texte du jour » qui nous est proposé... Nous ne pourrons (comme pour toutes prédication, d'ailleurs !...) pas tout reprendre... Là n'est pas le but non plus...

Alors ? Un point commun à tout cela est sans doute : l'importance, pour les premiers chrétiens en particulier, et pour nous aussi alors... d'une vie personnelle si possible exemplaire... d'un témoignage par la vie... et d'aller donc au-delà de règles religieuses habituelles. Il s'agit toujours de recevoir une vie de foi, par la foi, et non seulement par des règles religieuses toutes faites... Les premiers chrétiens, jusqu'à aujourd'hui, sont donc appelés à recevoir des interpellations de foi, qui se concrétisent dans nos vies : et c'est là que cela devient plus difficile... moins strict et plus difficile !

Jésus pousse ainsi, dans le passage de ce jour, quelques exemples encore plus loin que l'apparence religieuse : notre foi ne s'adapte-elle d'ailleurs pas sans cesse ? Ce que la Réforme a repris et nous rappelle dans un de ses grands principes : Église réformée toujours à réformer ...

Il ne s'agit pas de vivre des règles en tant que tels, mais le sens qu'elles nous disent... difficile : parce que notre mission, notre rôle ne l'est pas toujours... Mais nous ne sommes pas seuls : aidés par notre Seigneur, et les uns par les autres...

Il y a une responsabilité par rapport aux autres, dans tout ce qui est évoqué dans ce passage ; et une aide pour vivre cela ensemble ; le vivre ensemble nous aide, est indispensable

Nous parlons d'ailleurs souvent de « communauté chrétienne », etc. Ceci de façon importante et positive... nous parlons même parfois d'une famille : avec la fraternité, etc.

Mais qu'en est-il ? Il y a des endroits où les gens vivent effectivement ensemble (les monastères, mais pas seulement) : pourquoi pas ; mais est-ce nécessaire ? Le seul modèle ? Est-ce le but ?

Le texte du jour nous parle de différentes questions relationnelles importantes. Car toutes religions cherchent une référence idéale et des critères de vérité, une réponse existentielle au sens de la vie. Mais notre foi nous apporte plus spécifiquement une dimension relationnelle ; notre foi est fondamentalement d'ordre relationnel... L’Église est bien plus qu'un fournisseur de rites (aussi nécessaires soient-ils également...) et de règles (idem : aussi nécessaires soient-elles). Elle est faite d'hommes et de femmes, en relations avec notre Seigneur et les uns avec les autres ; ceci de façon bien plus profonde qu'un groupement humain X ou Y, une association, une philo, etc...

Des indications, comme celles de ce texte du jour, sont fondamentales : elles sont bien plus qu'un code ou des règles religieuses ou bien plus encore qu'un code ou des règles juridiques !... Ces passages sont à la fois concrets et infinis... comme notre foi :

  • infinie, car telle est la foi … sinon serait-elle foi, et non religiosité, superstitions, etc... Ces injonctions de Jésus paraissent inatteignables : elles le sont forcement !
  • Et concrète : car telle est notre foi !

Sinon, comment comprendre et recevoir des passages comme ceux d'aujourd'hui : comment recevoir ces avertissements ?

Inatteignable, importantes, et pourtant : c'est ce qui nous est demandé !... Oui ? Oui, mais comme quelque chose que l'on reçoit d'abord... nous savons ne pas pouvoir les réaliser entièrement par nous-mêmes ; et pourtant invités à les vivre, à en vivre... Sachant que nous ne sommes pas tout, pas grand chose en nous-mêmes... C'est certainement aussi ce que nous rappellent ces appels impossibles...

 

Le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer a abordé cette question de « la vie communautaire ». Il nous met en garde contre la volonté d'avoir à créer la communauté chrétienne de façon ultime. C'est intéressant dans la mesure où chacun a tendance à juger, et à se juger soi-même (comme meilleur, ou au contraire incapable ; et parfois/souvent les 2 à la fois...) Et plus encore : juger l'assemblée à la mesure de nos idéaux sur la vie fraternelle. Ainsi, tout ce qui ne va pas dans notre sens, ''on'' le considère comme un manquement, voire un échec. D'où le rappel, toujours nécessaire, que seul Dieu a posé le seul fondement nécessaire !...

Pour autant, évidemment, pour le vivre, et parce que notre foi est un appel, et qu'elle est ainsi concrète, cela passe aussi par de petites choses... Là s'incarne, se réalise la vie.

 

Nous ne pouvons alors plus voir les autres comme des options... Ils/elles sont là.

Il ne s'agit plus de « faire avec »... parce qu'il le faut bien... ou d'en tirer éventuellement quelque chose pour soi... pour notre intérêt ; et sinon tant pis... Non, le sens de la communauté chrétienne est que l'autre m'apprend la vie. Cela nous rappelle alors/toujours que nous ne sommes pas dans la ''Toute-Puissance''. Et parce que la vie vient de l'Autre, passe par les autres, se construit avec eux, avec l'apprentissage, les expériences, même et surtout quand c'est difficile...

On entend parfois : je peux être chrétien chez moi : oui, particulièrement pour les protestants ; mais c'est tronqué. Et même plus : comme le Christ nous appelle, il le fait aussi/parfois par l'interpellation que nous recevons des autres, dans leurs différences.

C'est ainsi que nous apprenons ; et bien plus, et bien mieux que par des obligations... qui tomberaient d'en haut, pour nous soumettre...

Bien mieux que de nous demander toujours ce que l'autre peut m'apporter, comme nous le dit Dietrich Bonhoeffer, il nous apporte alors une espérance qui dépasse tellement/infiniment ce que nous pouvons vivre et voir par nous-mêmes, et dans le monde...

La communauté, ce n'est donc pas quelque chose avec laquelle nous devons faire, faute de mieux : c'est une chance dans la construction personnelle et commune ; à partir de ce que nous avons reçu...

Nous sommes alors d'autant plus les/avec les copains : co-pains : ceux qui ont le pain en commun …

Un signe si simple, de base, si vrai, qui nous amène à nourrir une vraie fraternité...

 

Amen !

 

 

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Dimanche 12 février 2023 : 1 Corinthiens 2, 1 - 10

13 Février 2023, 17:49pm

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

André Bonnery

Prédication à Narbonne le 12 février 2023

sur 1 Co 2, 1-10

Pour bien comprendre le sens de cette lettre de Paul aux Corinthiens, il faut se situer dans l’ambiance culturelle du temps où il écrit. L’apôtre s’adresse à des Grecs, c'est-à-dire, en principe, à des gens cultivés qui, s’ils ne l’étaient pas tous (et c’était sans doute le cas à Corinthe, un port qui drainait toute une population hétéroclite), on avait en admiration les « maîtres de sagesse ». Car il y avait partout, dans ce pays, des cercles d’érudits, des écoles de philosophiques,  dans lesquelles on s’efforçait de comprendre, et d’expliquer le monde terrestre, sa place dans le cosmos ; on y spéculait sur la relation entre le monde des idées et celui de la matière en s’appuyant sur la pensée de Platon ou d’Aristote ; on s’efforçait de pénétrer les méandres de la pensée humaine ; on échafaudait des théories en s’appuyant sur  les sciences les plus pointues du temps. Bref, dans ces cercles on parlait bien, on maniait les concepts avec aisance, on s’efforçait, avec l’art de la rhétorique qui était l’une des bases fondamentales de l’enseignement des élites, de convaincre les auditeurs les plus exigeants. « L’amour de la Sagesse », la « philosophia », les Grecs connaissaient bien ça, c’était leur spécialité !

Or, lorsque Paul est arrivé à Corinthe,  écrit-il, « j’étais devant vous, faible, craintif et tout tremblant » ( v.3) .On a de la peine à le croire : Paul, qui depuis des années avait parcouru les provinces orientales de l’Empire en répandant avec succès la Bonne-Nouvelle, fondant des Eglises nombreuses auxquelles il adressait ensuite des Lettres pour continuer son enseignement, Paul suivi de disciples qu’il envoyait poursuivre sa mission, Paul le type même du missionnaire qui enchaîne les succès apostoliques ! Comment se fait-il qu’il arrive à Corinthe, « faible, craintif et tout tremblant » ? Il l’explique lui-même :  parce que «  ce n’est pas avec le prestige de la parole ou de la sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu. »

Tant qu’il était en Asie Mineure, Paul s’était adressé essentiellement à des juifs ou à des Grecs proches du judaïsme, imbibés naturellement de culture grecque, mais il connaissait parfaitement ce milieu : n’était-il pas lui-même un juif hellénisé ? L’essentiel était pour lui de révéler que le Messie attendu, le Sauveur d’Israël et de l’humanité (car chez Paul il y avait une dimension universaliste), c’est Jésus de Nazareth. Dans  le milieu juif, même celui de la diaspora, il connaissait les codes d’accès à sa pensée ; certes il avait rencontré des obstacles dans l’évangélisation mais il savait comment les affronter. Chez les Grecs, au pays de la philosophie, c’était autre chose !

Avant d’arriver à Corinthe, il était passé par Athènes. Rassemblant ce qu’il connaissait de la pensée grecque, il avait préparé un beau discours. Sûr de lui, il n’avait pas hésité à se présenter devant l’Aréopage, ému sans doute, mais « gonflé à bloc », devant cette illustre assemblée. Quelques philosophes épicuriens et stoïciens qui l’avaient entendu parler dans l’Agora (les Grecs adoraient les discours et les débats en public) avaient flairé la bonne aubaine : Je cite les Actes des Apôtres ;  « Ce perroquet, que peut-il bien vouloir dire ? On dirait un prêcheur de divinités étrangères. » (Actes 17, 18)… et Ils  l’ils l’avaient invité aussitôt à prendre la parole devant leurs pairs.

Paul, debout devant l’Aréopage donne le meilleur de lui-même. Il y va de son discours : « Citoyens d’Athènes, je constate que vous êtes, en toutes choses, des hommes particulièrement religieux. En effet, en parcourant la ville et en observant vos monuments sacrés …. » Vous pouvez lire ce discours dans Actes au chapitre 17. Malgré ses effets rhétoriques, et peut-être à cause d’eux, ce discours tombe à plat. Je cite la finale du récit des Actes : « Quand ils entendirent parler de la résurrection des morts, les uns riaient et les autres déclarèrent : « Sur cette question, nous t’écouterons une autre fois ». ( Ac 17.32). Paul dut quitter Athènes sur ce cuisant échec. C’est de là qu’il se rendit à Corinthe.

Corinthe n’est pas très éloignée d’Athènes et, même si on n’y trouvait pas la même aristocratie intellectuelle que dans la capitale, les citoyens des deux villes étaient des Grecs possédant la même culture. On comprend mieux, maintenant, après son échec athénien les réticences de Paul qui arrive « craintif et tout tremblant » dans cette ville de Corinthe, moins guindée qu’Athènes, où il passera un an et demi. Surtout, il a tiré les conclusions de sa déconvenue. Ce n’est pas avec la raison et l’argumentation de la rhétorique qu’il va annoncer Jésus-Christ. « Quand je suis venu chez vous, frère, déclare-t-il, ce n’est pas avec le prestige de la parole ou de la sagesse que je suis venu annoncer le mystère de Dieu » (2,1). « Ma prédication n’avait rien des discours persuasifs de la sagesse.» (2,3).

 Désormais, il a décidé de changer de méthode : « J’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ, ce Messie crucifié. » (v.2) Parler de Jésus et de sa Bonne-Nouvelle ne relève pas du raisonnement et de la sagesse humaine, mais de l’adhésion à une personne. Il le rappelle : « ma parole et ma prédication n’avait rien des discours persuasifs de la sagesse, mais elles étaient une démonstration faite par la puissance de l’Esprit. » (v.4).

On ne peut parvenir à la foi par la seule raison, même s’il n’est pas déraisonnable de croire, mais on y parvient si Dieu nous y guide « par la puissance de son Esprit » (v.4), précise Paul. La foi est un don de Dieu. Il insiste auprès des Corinthiens : « Que votre foi ne soit pas fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. » (v.5)

Finalement, Paul ne fait que retraduire sa propre expérience. Quelques années auparavant alors qu’il se rendait à Damas pour  ramener à Jérusalem des chrétiens captifs pour y être jugés, il était sûr de sa foi juive basée sur l’observance de la Loi. Pour lui, tout était clair : les chrétiens étaient des gens dangereux, comme leur maître, ce rabbi subversif qu’on avait arrêté et crucifié à juste titre. Il fallait en finir au plus vite à cette peste idéologique qui mettait en péril la foi traditionnelle héritée d’Abraham. Voilà ce que pensait Saul le persécuteur. Et puis c’est le grand bouleversement. Il est terrassé par une lumière et il entre en contact direct avec celui dont il poursuit les fidèles. Il est terrassé au sens propre par « la puissance de Dieu » (v.5) dont il parle aux Corinthiens. Il sait par expérience ce qu’il en est, il en a fait l’expérience personnelle. Saul n’est pas arrivé à la foi en Christ par les raisonnements de la sagesse, mais par un don de Dieu.

Pour nous qui n’avons pas le destin de Paul et qui n’avons pas été choisi par le Christ pour faire grandir dans le monde son Eglise naissante, le cheminement vers la foi n’est pas aussi brutal, mais il n’est pas le fruit de la seule raison, il l’est d’abord d’une rencontre avec Jésus dans sa parole et par l’action de l’Esprit dans nos cœurs. Ce n’est que lorsqu’on croit que l’on s’aperçoit qu’il est raisonnable de croire. Souvenez-vous de l’Epître aux Hébreux : « La foi est une manière de posséder déjà ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas » (Héb. 11,1).

Martin Luther emboite le pas de Paul lorsqu’il écrit, dans son explication du troisième article du symbole des Apôtres : « Je crois que je ne puis, par ma raison et mes propres forces croire en Jésus-Christ mon Seigneur, ni venir à lui, mais que le Saint-Esprit m’a appelé par l’Evangile et m’a éclairé de ses dons. »

Entre  la situation de Paul, lorsqu’il vivait en Grèce  et la nôtre, il y a pas mal de similitudes. On nous bombarde, nous aussi, avec toute la technique des medias et des réseaux sociaux (qui sont la rhétorique moderne) de messages qui se prétendent pleins de sagesse et d’intelligence, fondés nous dit-on sur des connaissances indiscutables parce que scientifiques, pour nous persuader qu’il est indispensable pour notre confort, et pour le bien de la planète, de posséder tel ou tel produit, « durable » autant que possible. Et nous nous sentons bien petits, pas très à la mode, avec notre  histoire de Jésus. Sans compter que nous sommes mal à l’aise, que nous ne possédons pas les astuces voulues pour convaincre. On voudrait tellement pouvoir faire comprendre que l’Evangile est une Bonne-Nouvelle, jusqu’à persuader les gens de nous rejoindre dans cette Eglise le dimanche. Et bien non, ça ne se passe pas ainsi et c’est tant mieux car il y aurait de quoi culpabiliser ! La foi ne se transmet pas par des arguments sophistiqués : c’est Dieu qui la donne, par grâce à ceux qui le cherchent. Notre seul devoir c’est de dire l’Evangile, sans nous lasser, sans nous décourager, de le vivre aussi, bien sûr c’est capital, et de laisser la graine germer par sa propre puissance germinative, c'est-à-dire, en l’occurrence, par la puissance de l’Esprit.

Paul est arrivé à Corinthe avec son histoire incroyable d’un Dieu qui s’est fait homme, qui a été crucifié, qui est mort sur une croix, qui a été enterré et qui est ressuscité. C’est bien la même chose aujourd’hui, qui a envie d’entendre une telle histoire en dehors de nos cercles chrétiens habitués à ce langage. Mais la masse n’est plus dans les églises, elle est dehors, elle nous dit, comme les Athéniens à Paul : « Nous t’entendrons une autre fois ».

Et pourtant, ce qui a échoué à Athènes, a réussi à Corinthe. Paul a renoncé à convaincre avec des arguments sophistiqués : « J’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ ce Messie crucifié ». Il n’y est pas allé par quatre chemins : droit au but. Qui peut croire avec les arguments de la sagesse humaine que Dieu se fait homme, meurt d’une mort atroce et ressuscité pour nous entrainer derrière lui vers la Vie ?  Absurde !

Et pourtant, Paul y a cru parce qu’il a rencontré une personne sur le chemin de Damas. Les Corinthiens y ont cru et ont formé une Eglise locale, parce qu’ils ont entendu le message du Christ et qu’ils ont  rencontré Jésus dans ce message, ils ont eu foi en lui. Renonçant à expliquer le mystère de Dieu qui est inexplicable,  c’est pourtant bien une sagesse que Paul a enseignée » (v.6) « la Sagesse de Dieu, mystérieuse et demeurée cachée …. (Cette Sagesse) c’est à nous, par l’Esprit, que Dieu l’a révélée.» (v.7-10). Amen.

 

 

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dimanche 5 février 2023 MAtthieu 5, 13 - 16

6 Février 2023, 09:30am

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Narbonne 5.2.2023

Matthieu 5, 13-16

Pasteur Philippe Perrenoud

 

Cet extrait du « texte du jour » suit juste les « Béatitudes », avec la question de notre rôle dans le monde. Ces 2 illustrations sont brèves ; mais souvent dans l'Évangiles, denses, et riches de sens.

Déjà par leur histoire : elles viennent du Premier Testament ; des images pour parler du Peuple de Dieu, du Peuple appelé, pour le monde (la lumière), pour la terre (le sel) ; pour la terre : non pas une partie, notre petit coin ; mais pour toute la terre...

Mais comment ? Parmi les choses abordées en partages bibliques :

  •  vous êtes le sel : symbole de ce qui donne du goût ; de quelque chose de nécessaire à la vie ; mais aussi dans la Bible, image de ce qui conserve (comme une salaison...) ; et donc aussi de l'Alliance, qui est durable... quelque chose qui permet de garder vie. Et qui pourtant, quand il s'allie, devient invisible... Autre paradoxe : il conserve en transformant...
  • autre paradoxe encore…  Jésus y joint un 2ème symbole : la lumière. Image apparemment contradictoire, ou complémentaire, puisqu'on au contraire du sel : elle est visible et rend visible...

Elle ne sert pas à garder, à conserver, mais à mettre en mouvement : elle permet de voir, d'aller, de voir venir l'imprévu.

 

De plus, Jésus parle au pluriel ; il parle bien sûr à des disciples ; mais avec ces images différentes, cela ne signifie-t-il pas qu'il parle à des disciples différents les uns des autres ?... Il y a certainement aussi les différences que nous avons à l'intérieur de nous : en nous-mêmes, nous avons plusieurs facettes, et plusieurs façons d'être, différents moments de vies, dimensions de vies. Mais bien plus : nous pouvons avoir des rôles différents les uns des autres...

Il peut y avoir, en reprenant les images de ces passages, des personnes plus secrètes, dont le rôle va être plus invisible ; mais ô combien nécessaires pour autant... Des personnes qui vont permettre de garder des choses, des valeurs, des repères (comme dans une Alliance). Et d'autres qui vont être plus visibles ; peut-être plus fragile aussi, comme peut l'être une lumière... Une lumière qui ne doit pas éblouir pour autant : elle sert à attirer, à éclairer les autres, à les amener à venir ; à leur donner envie, à leur donner des possibilités ; et à chacun ensuite de cheminer par lui-même...

 

Bref, nous voyons que dans ces 2 images, il y a des dimensions nécessaires et complémentaires. Puisque Jésus parle au pluriel : c'est non seulement qu'il y a, mais qu'il veut ces 2 dimensions, ensemble ! Aucune n'est le critère de vérité de l'autre... Ce ne sont pas 2 dimensions ou 2 sortes de personnes étanches... Les mêmes peuvent être sel et lumière, selon les circonstances et ce que l'on a en face de soi.

Ce qui implique de toujours s'adapter aux situations et personnes. L'écoute est fondamentale... Elle est d'ailleurs le premier mot de la confession de foi juive (et donc aussi la nôtre, que nous avons chanté tout à l'heure) : Écoute, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est un.

 

Ces 2 éléments n'ont d'ailleurs guère de valeur en eux-mêmes :

à quoi sert du sel, s'il n'est pas mélangé ?

à quoi/à qui sert de la lumière : à d'autres...

Bien plus : que ce soit pour le sel ou la lumière, il n'y a pas de frontières... Ils vont bien au-delà d'eux-mêmes... (il y a d'ailleurs un très bel extrait d'un film de Bunuel où 2 voyageurs, après un échange sur ce passage, se font conduire dans leur chambre par l'aubergiste ; et celui-ci, pour les prévenir d'un danger, d'une absurdité, met la lampe dans le placard de la chambre ; ce qui amène le voyageur à réagir vivement...)

Sel et lumière doivent pouvoir aller partout. Comme notre foi : non pas limitée à une identité figée : elle a des racines ; comme le sel, elle permet de se souvenir d'une Alliance qui nous est donnée, et qui nous permet de garder : confiance (foi), etc…

Comme la lumière : elle permet d'avancer, dans cette même confiance... de partager, de proposer aussi cette confiance : qu'elle rayonne... qu'elle serve... dans l'Église et dans le monde ; et dans l'Église pour le monde...

Il y a pourtant nos situations...

Notre Église, et sa mission qui est difficile, qui peut sembler se perdre.

Mais se perd-elle ? Peut-elle se perdre ?...

Sans doute pas à la manière dont nous le pensons.

Il y a de l'inquiétude. C'est normal ; c'est tant mieux, dans un sens : c'est la preuve qu'il n'y a pas d'indifférence...

Mais il y a au moins 3 raisons d'être en confiance

  • parce que c'est le Christ qui nous appelle
  • il nous appelle parce qu'il est venu nous chercher (ce n'est pas nous qui l'inventons ; pas plus que nous pourrions inventer le sel ou la lumière... cela vient d'avant nous, d'au-delà de nous... nous dépasse...)

Et, en même temps, nous pouvons le comprendre ; il est d'ailleurs venu l'incarner et le partager sur nos chemins...

  • et donc, cette inquiétude n'est pas nouvelle...

 

Nous voyons pourtant d'autres choses fleurir. Il y a de belles fleurs ; il y a aussi de belles fleurs, séduisantes (religieuses ou pas... comme les tentations qui précèdent notre passage...) Il y a donc de belles fleurs dans l'apparence... et éphémères... Bien des choses bordent les chemins de ce monde... qui ne se voient pas toujours, pas tout de suite ; mais avec un regard du cœur, et/ou éclairé par une lumière...

 

Et pourtant, ns sommes toujours là... malgré les difficultés, intérieures et extérieures, nous sommes toujours là...

Peut-être parce que nous savons que ce qui nous constitue n'est pas avant tout de nous-mêmes... Nous pouvons donc faire confiance !

Mais, en même temps, il y a à s'en servir !

Il y a une fidélité à avoir, à garder, en écho à celle qui nous est offerte... On ne remplace pas le sel, ou la lumière, par je ne sais quoi...

Nous pouvons certes avoir l'impression d'être de moins en moins nombreux.

C'est parfois vrai, et ce n'est guère réjouissant. Mais :

  • ce n'est pas nouveau...
  • Est-ce fondamental ?
  • Le message de l'Évangile est un cri incessant contre la mort et sa fatalité. Acceptons donc ce que nous sommes, pour ne pas nous laisser ronger de l'intérieur ; mais recevoir une espérance (comme une lumière sur nos pas), recevoir et donner du goût !
  • Ne pas rester, bien sûr, passifs... Au contraire : tout cela est l'occasion d'aller vers d'autres choses, découvrir, partager, inviter sur des chemins ; et donner du goût...
  • changer notre regard : alors, nous pourrons découvrir le monde actuel ; y compris avec ses difficultés, qui peuvent devenir de nouvelles chances ou de nouveaux champs, ou de nouveau chants...

Amen.

 

 

 

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Dimanche 29 janvier : Matthieu 5, 1 - 12 "un tableau diffuseur..."

27 Janvier 2023, 11:17am

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

NARBONNE  29 JANVIER 2023

Matthieu 5, 1 – 12

 «  un tableau infuseur… »

(avec Lire et Dire)

En ce début d’année, nous avons souhaité, à tour de bras, je devrais dire, à « tour de langue » « tous nos vœux » aux personnes dont nous croisons le chemin : la santé, un travail, pas trop de pépins etc. Avec notre lecture de ce jour, les vœux pourraient prendre une autre tournure : « Tous mes vœux de malheur » ! de pauvreté, de pleurs, de faim et de soif, de persécutions… Pourquoi donc appelons nous ce texte « les béatitudes » ? C’est que, malgré les situations décrites, chaque phrase commence par le mot « heureux » dans la plupart de nos traductions. Alors ? Bonheur ou malheur ?

Nous parlerons donc d’abord du mot qui déclenche la polémique, le mot grec « makarios ». Puis nous pourrons entrer dans le texte, tableau parfait, complet de celui qui est notre Maitre et notre Sauveur. C’est vers lui que je voudrais, ce matin, faire converger toute notre attention. Nous aborderons ensuite brièvement la question : « c’est pour quand, ce bonheur ? ».

 

1 ) « makarios » : Commençons par un peu de vocabulaire avec le terme grec «  makarios », généralement traduit par « heureux ». Dans les Écritures, on appelle « macarisme » la déclaration de bonheur commençant par « makarios » : une première phrase désigne les bénéficiaires, et la seconde phrase les raisons de ce « makarios ». Matthieu en décrit 8.

Je ne suis en rien capable de traduire du grec ancien ou de l’hébreu qui, lui aussi, propose un terme pour cette situation, « asher » traduit en grec par makarios. Alors je vais simplement vous exposer quelques prises de position, éclairantes pour notre lecture.

La traduction la plus courante c’est « heureux » ou « bienheureux ». Ce mot là soulève une question basique à cause de la forme paradoxale qui présente comme un bonheur une situation qui en est le contraire : la pauvreté, l’affliction, la faim, la soif, n’ont rien d’heureux.

Chouraqui, lui, traduit : « en marche ». Un pasteur commente les arguments pour justifier son  choix[1], je cite : « « Ieshoua ne dit pas « makarios », il prononce le mot hébreu « ashréi », premier mot des psaumes 1 et 119. (…) « Ashréi » (au pluriel) a pour racine « ashar » qui n’évoque pas un vague bonheur d’essence hédoniste, mais implique une rectitude de l’homme en marche sur la route sans obstacle qui mène vers Adonaï, ici le royaume d’Adonaï. Tous les dictionnaires étymologiques de l’hébreu biblique attestent pour premier sens à la racine « ashar » celui de marcher. Être heureux étant un sens secondaire tardif ». (fin de citation).

Le pasteur Elian Cuvillier[2], lui, propose une autre traduction, je le cite : « Je propose de traduire makarios par le terme « vivant ». (…) « Vivant » signifie ouvert, au sens de disponible à la vie du désir en soi. Ainsi entendue, chaque béatitude, loin de proposer la résignation devant les difficultés de la vie en promettant un avenir radieux aux plus dociles d’entre nous, ouvrent à une autre dimension de l’existence, instituant une nouvelle manière d’être homme ici et maintenant[3]. » (fin de citation).

Heureux, en marche, vivant (et la liste n’est pas exhaustive), voilà ce à quoi nous sommes appelés dans notre chemin à la suite de celui qui est à la fois l’accomplissement et l’aboutissement des béatitudes.

 

3 ) 8 béatitudes :  « Heureux, en marche, vivant»… Certes les Béatitudes décrivent des situations vécues par les humains, situations de passivité puis d’agir, mais avant tout elles mettent le projecteur celui qui les énonce.

Le pasteur Louis Schweitzer écrit qu’elles sont « le plus beau portrait possible du Christ, l’icone biblique la plus précise sur Jésus[4].  Pour moi, une icône c’est une espèce de tableau infuseur : tu te plonges dedans et te voilà comme une éponge qui absorbe et intériorise tout ce que tu reçois. Cette lecture est donc plus qu’un parcours des yeux. Tu peux t’enrichir, t’élargir, et même vivre des transformations inédites en relation avec l’icone que tu lis. Mais sur le chemin à la suite du Christ, cela n’a rien d’étonnant. Entrons donc dans la lecture de cette icone :                                             

- Dans la première béatitude : des pauvres en esprit, attitude aux antipodes de l’autosuffisance, image de celui ou celle qui se sait en manque et qui, devant Dieu et devant autrui, se pose en demandeur plutôt qu’en être bouffi de certitudes. Jésus, «a lui-même renoncé à tout ce qu’il avait et a pris la condition de serviteur[5]. »

- Dans la deuxième béatitude : des doux, qui renoncent à faire violence à l’autre. Jean Climaque disait que « la douceur est un roc qui domine la mer de l’irascibilité et sur lequel se brisent toutes les vagues qui y déferlent sans jamais l’ébranler ». Jésus était « doux et humble de cœur[6] ».

- Dans la troisième béatitude : celles et ceux qui pleurent, ou si l’on suit le grec, qui portent le deuil. Dietrich Bonhoeffer y voyait celles et ceux qui, par excès de tristesse, aspirent au Royaume en portant le deuil du monde. Jésus a pleuré en voyant la douleur de ceux qu’il aime, comme au moment de la mort de Lazare[7], il a pleuré sur Jérusalem qui n’a pas reconnu le temps où Dieu est venu la secourir[8] et souvenons nous qu’il a aussi offert avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort[9].

- Dans la quatrième béatitude : des affamés et assoiffés, pas tant de nourriture ou de boisson que de justice. Avec eux, Matthieu fait un déplacement car ce ne sont plus des personnes qui subissent mais avec cette faim et soif de justice, voilà maintenant des personnes actives qui se dépensent sans compter pour réaliser la volonté de Dieu. Le besoin d’assistance devient le désir d’offrir une aide, d’agir pour le Royaume. Et le ministère tout entier de Jésus est œuvre de justice, pour la justice. En lui s’accomplit ce qu’avait dit le prophète Esaïe : «je place mon Esprit sur lui et il annoncera la justice aux nations [10]»

- Dans la cinquième béatitude : des cœurs purs, intègres. Nous savons que Jésus, dans un monde religieux où la pureté était d’une importance première, a complètement révolutionné l’approche de la notion juive d’impureté extérieure quand il déclare que c’est du cœur que viennent les choses impures. C’est pourquoi nous prions avec le psalmiste : « ô Dieu, donne moi un cœur pur[11] ».

- Dans la sixième béatitude : des miséricordieux, qui, eux aussi, œuvrent pour le bien être de leurs semblables. La miséricorde est une compassion qui donne, attentive à la souffrance de l’autre. Il arrivait que Jésus fut ému aux entrailles devant la détresse des foules dont il croisait le chemin[12], il était physiquement touché dans sa chair, pris de pitié, subjugué de compassion.

- Dans la septième béatitude : des artisans de paix, qui se mobilisent pour la faire. Daniel Bourguet précise, je cite : « cette béatitude utilise un mot composé qui décrit une activité, un travail, non pas une œuvre d’amateur mais de professionnel, ce à quoi un spécialiste consacre l’essentiel de son énergie. Il y a des artisans de paix comme il y a des artisans maçons ou des artisans boulangers[13] ».(fin de citation). Jésus nous a dit : « je vous laisse la paix, je vous donne ma paix »[14].

- La huitième béatitude est évidemment celle où le paradoxe est à son comble : les persécutés pour la justice sont, eux aussi, « heureux, en marche, vivants »… Jésus a vécu les affres de la torture et de la croix. Daniel Bourguet écrit qu’il « s’agit de faire en sorte que Jésus trahisse Dieu ou les hommes. Persécution extrême qui fait de lui un cas extrême. La croix est le lieu de vérification de la solidité du lien qui unit Jésus à Dieu, tout autant que du lien qui unit Jésus aux hommes »[15].

 

2 ) un bonheur paradoxal   : « heureux, en marche, vivant les pauvres en esprit, les affligés, les affamés et assoiffés de justice »… car… le royaume des cieux est à eux, il seront consolés, ils seront rassasiés , ils hériteront le Royaume, ils seront appelés enfants de Dieu »… « Quel étrange bonheur ! Les béatitudes sont une espèce de bouffée de joie paradoxale. (…) En principe, le bonheur est une promesse de lendemains qui chantent, il s’apparente le plus souvent à l’absence de difficultés, au confort, à la tranquillité d’esprit. Les béatitudes, elles, n’énumèrent pas les conditions minimales d’une vie paisible. (…) C’est pourtant là l’étrange voie de Dieu dans le monde (…) Une telle vision du bonheur ne confirme pas la sagesse populaire mais ressemble plutôt à une confession de foi qui se fonde sur une promesse de Dieu. Elles prennent en compte le réel de la vie avec sa dureté, ses limites, ses impossibilités, ses drames. Le décalage avec des béatitudes telles que nous les concevons est évident. Dans l’immédiat, ce qui est vécu, c’est un malheur probable. »

La revue Lire et dire écrit, je cite : « le bonheur des béatitudes est lié à une promesse qui prend en compte le temps de l'histoire, de la longue histoire. Cette mise en perspective détermine le présent de notre vie, faisant le procès des promesses de bonheur immédiat qui font les choux gras des marchands d’illusion. (…) la consolation des béatitudes admet une béance. Par cette mise en perspective, elles tiennent compte de la limite de ce monde pour permettre d’y vivre [16]».(fin de citation ).

 

Conclusion : Nous avons bien trop vite survolé un texte admirable que nos amis veilleurs et veilleuses connaissent bien pour le prier chaque jour. Un texte interpelant qui, dans le visage du Christ qui transparait en creux dans chaque mot, invalide les logiques humaines à courte vue. Il vise à l’après demain et non seulement à demain, tout en donnant à notre aujourd'hui sa marque d’espérance. Daniel Bourguet propose une version que les disciples auraient dire à Jésus quand ils l’ont retrouvé en Galilée. Je vous propose de la faire nôtre. Elle est appel à la conversion, à la mienne, à la tienne. Écoute :

Heureux es-tu, Toi le pauvre jusqu’à ton dernier souffle,

Le Royaume des cieux est à Toi.

Heureux es-tu, Toi le doux,

La terre t’a été donnée en héritage.

Heureux es-tu, toi qui a pleuré,

Te voilà consolé.

Heureux es-tu, Toi l’affamé et l’assoiffé de la justice,

Te voilà rassasié.

Heureux es-tu, Toi le cœur pur,

Tu vois Dieu.

Heureux es-tu, Toi le miséricordieux,

Il t’est fait miséricorde.

Heureux es-tu, Toi l’artisan de paix,

Tu es Fils de Dieu.

Heureux es-tu, Toi le crucifié pour la justice,

Le Royaume des cieux est à toi. [17]»

Amen.

 

[1] https://www.ethikos.ch/10154/matthieu-53-12-mt-53-12-marche-beatitudes#:~:text=Qu'en%20est%2Dil%20avec,la%20foi%2C%20en%20parfaite%20adh%C3%A9rence.

[2] https://www.youtube.com/watch?v=_Hy_wgJkf4g elian cuvillier bonheur et béatitudes

[4] Conférences du Carême protestant 2004

[5] Philippiens 2, 7

[6] Matthieu 11, 28

[7] Jean 11, 32-36

[8] Luc 19, 41-42

[9] Hébreux 5, 7

[10] Matthieu 12, 18

[11] Psaume 51, 12

[12] Matthieu  14, 14

[13] Daniel Bourguet : Les béatitudes p. 79

[14] Jean 14, 27

[15] Daniel Bourguet Les béatitudes p. 90-91

[16] Lire et dire p.23

[17] Daniel Bourguet Les béatitudes p. 93-94

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