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Eglise Protestante Unie de Narbonne

Le partage multiplie... Luc 9, 10 - 17

23 Juin 2022, 10:57am

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Narbonne 19/6/22 2022

Luc 9, 10 à 17

Pasteur Philippe Perrenoud

le partage multiplie...

 

Voilà un passage célèbre

Il se situe juste après le retour des disciples que Jésus avait envoyé en mission, et juste après une question d’Hérode à son sujet, sur son identité : Jésus serait-il le retour de Jean-Baptiste qu’il vient d’exécuter ?... ou d’Élie ? Bref un signe avant coureur de la fin des temps ?... Voilà qui inquiète donc Hérode… sur le registre de la superstition...

Hérode demande donc à voir Jésus. Celui-ci va se laisser voir, bien mieux qu'avec une convocation auprès du pouvoir local : par un signe de sa Présence, à tous, pour tous...

A ces 2 moments (retour de mission et Hérode), Jésus donne ainsi une suite, une réponse : en acte ! et quel acte :

- comme pour nous dire que la mission est en parole et en actes ; et pourquoi il est venu.

- et à Hérode, qui limite la religion à ce qui concerne ses propres intérêts (personnels et/ou politiques), Jésus montre pour quoi il est venu…

Comment ?

Il le montre avec ce passage que l’on appelle souvent « multiplication des pains ». Pourquoi pas, mais voyons ce qu’il en est… Ce sont peut-être d’autres choses qui sont multipliées… De quoi et de qui s’agit-il ?

 

Reprenons alors, les différents acteurs de cette grande scène.

Nous avons cette foule, et des disciples inquiets… Seul Jésus ne semble pas s’inquiéter... Pourquoi ? Peut-être parce qu’il est le Christ... pour nous dire une présence, une nourriture au-delà de nous…

Au retour de leur 1er envoi en mission, les 12 disciples retrouvent Jésus. Une foule le suit ; Jésus enseigne ; et, sans se lasser, il accueille. Nous le savons pourtant, quand on veut accueillir/aider, à plus ou moins longue (ou brève...) échéance, vient le découragement. Là n'est peut-être pas le but principal de ce texte, mais force est de constater que Jésus ne se lasse pas d’accueillir.

Il transforme aussi la faiblesse des disciples. Il utilise leurs mains pour partager son Amour. Il nourrit le corps et le cœur de la foule.

La foule qui est venu écouter Jésus attend encore, dans ce lieu désert. Elle se trouve dans le besoin. Ici, on nous parle bien de foule, donc d'une multitude ; pas d'une catégorie particulière, mais de la diversité que cela implique ; et un peu perdue, sans sens ; ce qui veut non seulement dire que chacun est invité, mais aussi que chacun (donc y compris nous-mêmes) avons besoin. Nous pouvons être de ces gens qui peuvent attendre : un peu de nourriture... que nous sommes aussi de cette multitude, un peu perdue, dans un monde qui ne sait d'ailleurs pas toujours lui-même où il va...

Elle attend aussi un guérisseur ; elle suivait Jésus aussi pour cela... Que fait-il ? Devant l'incertitude qu'il a laissé s'installer, il dit aux Apôtre donnez-leur à manger vous-mêmes... ça alors ! Ça servait bien à quelque chose qu'ils le suivent pour s'entendre dire de se débrouiller eux-mêmes... Alors ? Il ne donne pas tout tout de suite, tout cuit du ciel. Il nous amène à chercher... Les choses ne s'imposent pas d'elles-mêmes... les meilleures choses en tout cas, souvent... En cherchant, et apportant chacun nos participations, il peut en ressortir tant...

Tous reçoivent. Peut-être pas ce qu'ils voulaient, souhaitaient au départ ; mais ce dont ils avaient besoin...

Jésus ne renvoie donc pas tout ce monde. Il demande de faire asseoir les gens par groupes : avec ce chiffre qui peut paraître un peu obscur de cinquante. Elle fait penser à l'organisation d'Israël au désert, puis d'autres règles communautaires, en vue d'une organisation idéale, avant le « banquet final ». Bref d'un peuple en marche dans le désert, qui doit aussi vivre cela dans la durée... en vivant cela en groupe : non pas comme des bénéficiaires isolés, mais communautairement, dans l’échange.

La faim, le dénuement, qui font ressentir au plus profond de nous le manque, sont l’occasion de s’en souvenir : de le vivre non seulement comme de belles paroles, mais dans notre « chair » : dans tout notre être, dans notre condition même !...

La suite du récit fait alors directement allusion à l'institution de la Sainte-Cène : avec les même mots que pour le dernier repas, Jésus donne à manger ;

il donne un signe de sa présence ;

il donne la force de continuer de vivre dans ce monde, dans la durée…

Ainsi, devant l'inquiétude des disciples, et après avoir rassemblés les gens, Jésus prend le peu de chose dont il dispose, qu’on lui a apporté : 5 pains et 2 poissons ; et il procède au partage. Luc décrit la scène sans faire de commentaire. Il ne parle même pas d'un étonnement des disciples. Il nous laisse nous étonner nous-même… Ils mangèrent et furent tous rassasiés ; et on emporta ce qui leur restait de morceaux : 12 paniers.

12 comme toutes les tribus : de nouveau la multitude. Le Christ est là pour tous, quelques que soient nos tribus, ou nos jugements : tous ceux qui sont venus, même dans cet endroit désert, reçoivent…

Tout comme au début nous avions aussi la mention des 12 : comme les Apôtres, également : c'est-à-dire qu'à la suite du Christ, nous avons tous quelque chose à ramener et à transmettre…

Ainsi, cette invitation à tous n'est pas une générosité divine sans conséquences pour nous, puisqu'il nous donne d'y participer... Il a aussi besoin que nous remettions entre ses mains ce que nous avons ; même si ce ne sont que 5 pains et 2 poissons. Avec nos gestes de partages, il peut faire des merveilles ; mais il a aussi besoin de nous. Et si nous acceptons de remplir notre part, il leur donnera une efficacité insoupçonnée... Bien plus encore : cela se prolonge... Il y a encore des paniers : ça ne s'arrête pas ainsi ; il y a comme un prolongement... le partage peut continuer, aller au-delà...

 

A bien des niveaux, quand on partage, il y a plus que l'addition de ce que les uns donnent, de ce que les autres reçoivent... Dans le partage, il y a plus ; il y a quelque chose d’un peu mystérieux ; de vraiment magique ; pour de vrai... et non dans la superstition, comme Hérode ; et non dans la peur, comme Hérode aussi...

Même si le but 1er du texte n’est pas une simple démonstration sur les bienfaits du partage, cette idée en est la conséquence : elle en est la suite logique : comme dans le repas auquel nous convie le Christ, il y a ce partage, qui peut produire tellement plus que ce qu'on peut croire à priori...

 

Nous sommes parfois tentés de ne pas croire à l'utilité de tels ou tels gestes, même modestes, qui peuvent sembler minimes : les besoins sont si grands, la foule est si nombreuse, les conditions souvent si difficiles, nos moyens dérisoires. En fait, la foi est au-delà d’une logique quantitative, et d’« efficacité » (selon nos critères) ; il y a une puissance de l'Amour (de Dieu et alors les uns des autres et pour les autres).

Si nous voulons bien nous mettre au service de cet Amour, il nous conduira plus loin que ce que nous pouvons mesurer et compter. Il nous dit, à nous aussi donnez vous-mêmes. Il veut, à travers nos signes, mettre dans ce monde un dynamisme du partage, qui déborde nos calculs humains. Cela fait partie du cœur de la mission à laquelle il nous invite, modestement, mais sans attendre (et cela fera peur à tant d'Hérode, y compris à l'Hérode qui peut sommeiller en nous, ou autour de nous...) N'ayons pas peur, donc...

 

Amen

 

 

 

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dimanche 29 mai 2022 : Jean 17, 20 - 26

28 Mai 2022, 16:52pm

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Narbonne

                                        DIMANCHE 29 mai 2022

  ACTES 7, 55 - 60

    JEAN 17, 20 – 26

« un, certes ! mais avec deux, et trois et… »

 

INTRODUCTION : Un avec le Christ ! un avec le Père : un avec l’Esprit ! tu le crois ? Un ! Même un analphabète sait ce qu’est « un » ! deux lettres, pour un mot minuscule dans sa forme, et immense dans ce qu’il veut dire. Un ! Non pas le 1 tout seul des chiffres que nous avons appris à l’école, non pas le 1 que vivent tant de nos contemporains dans la solitude et le désarroi et qui engendre tant de misère. Non, ce « un » là est « un tout » à lui seul, un ensemble invisible mais palpable consolidé fermement dans un lien indéfectible … Moi et le Père nous sommes un, dit Jésus. Que tous soient « un » ajoute-t-il en parlant de ses disciples.

Alphonse Maillot dit de ce texte qu’il est « la tarte à la crème » de tous les œcuménismes ; j’y vois, pour ma part, une promesse, une espérance, une assurance. Dieu « un », chrétiens « un », le monde où cette unité se manifeste et la nécessité de cette unité seront notre parcours de ce matin. En y cheminant, nous garderons les yeux fixés sur l’espérance offerte : « qu’ils soient tous un comme nous sommes un ».

 

1) contexte : La prière du dix-septième chapitre de l’Évangile selon Jean, dite traditionnellement « sacerdotale », est propre à cet évangile. Placée à la fin du discours d’adieu, elle en reprend certains thèmes comme le don, l’amour, la connaissance et précède immédiatement le récit de la Passion. Cette place charnière donne un poids tout spécial aux versets de notre péricope. Au cœur du discours d’adieu, il y a une question centrale pour la communauté johannique : comment croire en l’absence de Jésus ? On comprend, alors, pourquoi ce discours se termine par une prière car l’heure est grave. Le Jésus johannique s’en remet à celui qui l’a envoyé ; il intègre aussi dans sa prière ceux qui restent après son départ et même tous ceux qui suivront dans les temps à venir. Jésus se concentre sur le passage de témoin entre lui et les disciples. Son départ permettra à ceux qui lui ont été confiés, « ceux que tu m’as donnés » dit-il, de prendre la place qui leur est offerte dans le projet de Dieu. Dans cette prière Jésus est moins préoccupé de son sort que du sort de ceux qu’il laisse derrière lui. Il met en place un plan d’action pour la suite ; dans ce projet à long terme, d’autres sont invités à entrer.[1]

 

2) Dieu est « un » : mais avant tout, ce projet est une extension d’une réalité déjà existante. Quand Jésus dit : « Moi et le Père nous sommes un », il affirme une réalité qui existe déjà en Dieu.[2] « Je suis dans le Père et le Père est en moi », unis dans le lien vivant qu’est le Saint Esprit. L’unité du Père et du Fils est la source de laquelle nait toute autre forme d’unité. Cette unité première alimente et permet celle des croyants qui la reflète et la prolonge.

La liberté de parole de Jésus, ce cœur à cœur audacieux avec Dieu et avec ses disciples détonne avec l’attitude des rabbins de l’époque. Pas de crainte, une simplicité fulgurante et quasiment passionnelle : Jésus est à « tu et à toi » avec le Père. En lui un bouillonnement d’amour continu veut l’unir au Père dans ce projet qui les lie aussi étroitement : ils veulent faire connaitre et partager leur secret d’amour à « ceux qui sont donnés à Jésus ». Cette intimité, cette réciprocité d’amour du Père et du Fils, voila ce que Jésus nous offre comme modèle pour notre unité fraternelle. Je dis un modèle, mais c’est plus qu’un modèle : c’est comme un espace où Dieu nous accueille pour y vivre notre unité : « qu’ils soient un en nous, dit Jésus ».

 

3) les disciples sont appelés à être un : oui, « afin qu’ils soient parfaitement un et que le monde connaisse que tu m’as envoyé »… Il y avait, déjà, au temps de Jean, de nombreuses églises et le Nouveau Testament relate leurs différences, un peu comme s’il projetait sous nos yeux un immense puzzle qui ne serait pas terminé : il y a des vides, un peu partout et il est difficile, pour quelqu’un de l’extérieur, de visualiser le tableau dans son ensemble. L’unité des chrétiens est le pivot qui ouvre la porte du témoignage au monde selon Jean et quand nous faisons le tour des Eglises du premier siècle, leurs désaccords, leurs faux-pas, pourraient nous donner à penser qu’elles ont failli dans cette unité. Pourtant, il y a aujourd’hui, plus de 2 milliards de chrétiens sur notre planète. Ce « un » dont parle Jésus, (je préfère ce mot à « unité » qui nous replonge directement dans un monde en recherche d’un œcuménisme bien plus doctrinal et ecclésial que communiel), ce « un », je l’offre à votre méditation. Ce pour quoi Jésus prie, c’est, me semble-t-il, un lieu communiel, un lieu vers lequel chaque jour nous marchons, une direction, un but à atteindre. Nous sommes dans une dynamique, une marche jamais figée où déjà, Jésus est là. « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux »…

 

4) une prière pour le monde : Cet espace est ouvert aux disciples, ceux du temps de Jésus, ceux du temps de Jean, et ceux qui les suivront, tous ceux   qui « ne sont pas du monde » dit Jésus mais qui sont dans le monde. Le mot « monde » apparait 17 fois dans ce chapitre. Comme si le monde des hommes, le monde terrestre, n’était pas celui des disciples. Est-ce qu’il n’est plus le monde de Celui qui créa les cieux et la terre ? Est-ce que le monde est mauvais, et faut-il que les disciples vivent hors du monde ? La prière de Jésus est une espérance, je vous l’ai dit alors ne serait-ce pas, plutôt, en creux, une prière aussi POUR le monde ? Une prière pour le monde à travers les hommes qui, à la suite de Jésus, sur ses pas, portent au monde la parole de Dieu, portent un peu de ciel sur la terre ? Prière nécessaire pour que les hommes habitent ce monde autrement, qu’ils soient dans le monde témoins de l’amour de Dieu, témoins d’un autre monde, d’une Parole autre, d’un autre possible, de changements, d’une espérance. Prière qui résume tout l’Evangile de Jean et qui nous dévoile, nous révèle, qu’être croyant, disciple du Christ, lecteur des Evangiles, c’est une question de rapport au monde. C’est une façon d’être au monde, d’exister, de vivre dans ce monde, parfois autrement. A travers les disciples et les envoyés à venir, Jésus prie quand même pour le monde qui reste, tel qu’il est, l’objet de l’amour de Dieu. La prière d’Etienne n’en est-elle un magnifique exemple ? A l’heure de la mort, il ne prie pas pour son salut mais pour celui de ses contemporains, de ceux qui sont en train de l’assassiner :   « Seigneur, ne leur impute pas ce péché » !

 

5) la place de ceux qui sont « un » dans le monde : Nous ne pouvons pas être seulement spectateurs dans ce monde, où rien ne tourne rond, c’est le moins que l’on puisse dire en ce mois de mai 2022, mais nous sommes là à notre place, dans le monde. Il ne s’agit pas de créer un monde à part, préservé. Mais bien d’habiter le monde avec la part de ciel qui est en nous. Parce que le monde, c’est nous. Nous sommes citoyens d’un monde en devenir, un monde à l’image du monde de Dieu. Jésus prie afin que sa joie soit en tous ceux qui témoignent de ce monde d’amour.[3] Les disciples, « un en Christ », offrent au monde une nouvelle chance de découvrir Jésus en ses envoyés. Le témoignage de la communauté devient donc pour le monde un passage obligé. C’est à la fois dramatique et extraordinaire que les disciples, que chacun, chacune de nous, reçoivent dans cette prière la responsabilité du destin du monde, en devenant pour lui point d’interrogation, d’interpellation et lieu de témoignage et d’ancrage. Le monde a besoin, pour adhérer à Jésus, d’une parole et d’un témoignage de vie. Le changement d’attitude du monde fait partie intégrante de l’histoire et cet optimisme dépasse ce que vit la communauté des croyants. Le texte laisse entendre qu’il n’y a pas une fatalité du rejet, mais qu’une espérance pour le monde est posée par Jésus. « Qu’ils soient un comme nous nous sommes un »….

 

Conclusion : en conclusion, une question : « oui mais comment puis je être « un » avec Christ ? Antoine Nouis propose une ébauche de réponse, je cite :

« dans une maison, il y a les pièces publiques, le salon et la salle à manger, où nous recevons nos amis. Puis il y a les pièces plus intimes comme la chambre et la salle de bains : nous y séjournons régulièrement mais nous n’y invitons que nos intimes. Enfin, il y a les coins où l’on va rarement car ils sont en désordre. Ce sont nos greniers et nos caves qui sont sombres et qui font peur. C’est la partie cachée de notre vie, ce sont nos ténèbres, nos blessures, nos rancunes et nos prisons intérieures. Demeurer en Christ, c’est lui ouvrir les différentes pièces de sa maison.  Les pièces publiques mais aussi les pièces privées et même les pièces cachées dans lesquelles nous n’aimons pas entrer[4] ». De toute façon, il y a longtemps qu’il connait cette maison là, alors, il frappe à ta porte. Écoute ! si tu allais ouvrir et après… après ?

Je laisse le mot de la fin à Maurice Zundel, je cite : « être chrétien, c’est rendre la vie plus belle et les autres plus heureux…(…) le christianisme n’est pas une doctrine mais une Présence remise entre nos mains (…) nous avons à témoigner de Lui en Le laissant transparaitre en nous, c'est-à-dire, en un seul mot, nous avons à devenir, nous avons à montrer à tous et à chacun, en nous cachant en Lui, le Visage de Jésus Christ.[5] » Amen !

 

 

 

 

 

 

[1] Lire et dire

[2] http://www.carmel.asso.fr/7eme-Dimanche-de-Paques-Jean-17-20-26.html

[4] Antoine Nouis un catéchisme protestant  p.

[5] Maurice Zundel « le problème que nous sommes » p. 91

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dimanche 22 mai 2022 : Ap. 21,10-14, 22-23

23 Mai 2022, 16:37pm

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Narbonne  22 mai 2022

Ap 21, 10-14 et 22-23

Cantiques 528 et 315

Pasteur Philippe Perrenoud

 

Nous voici devant cette nouvelle réalité que Dieu nous propose ; bien plus : qu'il nous promet...

Oui, une réalité... Car ce passage, tout comme ce livre, n'est pas seulement pour plus tard...

Non pas que je prendrais ces versets comme une description, de façon littérale... un scénario à prendre à la lettre !... Mais parce qu'il y a déjà une réalité dans ce qui nous est dit là... Sinon, pourquoi l'évoquer ?...

Quoi donc ? Comment ?...

Par un grand idéal tel qu'il nous est décrit ? Il y a eu et il y a toujours beaucoup d'idéalistes (et dans un sens tant mieux...), pensant que l'on pouvait changer radicalement, totalement, nos réalités... Mais le changement n'est pas encore vraiment réel...

Faudrait-il alors laisser Dieu tout faire ? Ce n'est pas le sens de notre foi ; de même qu'une théocratie : c'est-à-dire un système où il faudrait que toute la société obéisse à la lettre à ce qu'il nous propose...

Notre foi nous promet pourtant bien un monde où, nous dit ce livre de l'Apocalypse, le mal n'existera plus... Ce n'est pas seulement pour le ciel, mais déjà parmi nous...

Justement, nous en parlions récemment en partage biblique : notre foi fonctionne toujours entre le déjà et le pas encore... nous pouvons déjà en vivre, même si ce n'est pas encore pleinement réalisé...

Cela veut dire, entre autres, que personne ne peut imposer, faire venir ce qui est fondamentalement dans le pas encore...

Et donc que personne ne peut avoir raison seul...

Mais que nous pouvons déjà vivre des signes et perspectives qui nous sont donnés...

Lesquels : ici avec Jérusalem, et 12 portes ; ce qui signifie l'universalité...

Face au pouvoir Romain qui s'imposait par la force, et autres injustices, une perspective de vie pleine par la Paix (Jérusalem signifie cité de la Paix) :

La Paix, nous l'évoquions récemment en partage biblique,

n'étant pas seulement l'absence de conflit, et non seulement indissociable de la Justice,

mais une harmonie de tous les éléments...

Cette perspective, si elle nous est donnée, si elle m'est donnée, à nous/moi d'y entrer, de commencer.

Elle devient alors déjà réelle, réalité ; déjà dans le regard que je porte.

C'est tellement plus solide que nos ambitions, y compris religieuses... Nous ne sommes pas le Salut du monde ; nos actes pas plus...

Nous pouvons recevoir un Salut, et ce n'est pas rien.

Ce n'est plus pour nous, comme à l'époque de ce livre, la persécution ou le totalitarisme qui guette... encore que... Certes pas la persécution, en tout cas pas sous nos latitudes. Un certain totalitarisme, insidieux, peut-être davantage...

Notre société manque terriblement de projets... La dernière non-campagne électorale en est un exemple... et cela bénéficie à ceux (de bords différents) qui parlent le plus fort ; et qui sont alors d'autant plus entendus par des médias qui favorisent des visions partielles, rapides, trop rapides... des médias actuels qui ne favorisent pas les nuances, et donc ce qui est possible, et alors de projets...

Bien plus : nous recevons dans notre foi un fonctionnement basé sur la Grâce, sur l'Amour gratuit de Dieu, qui se partage, que nous sommes appelés à partager.

Or une Grâce, un Amour gratuit, cela peut être déstabilisant... Cela peut aussi être le roc, l'élément solide lorsque tout/tant s’effondre autour de nous...

Comme la démarche de St-Augustin :

il y avait à son époque

  • l'effondrement de la société, de la civilisation d'alors
  • des chrétiens se considérant eux-mêmes comme « l'Église des Saint », et prônant comme critère absolu les œuvres ; la sainteté de l'Église dépendrait de ses membre, et de leur fidélité. Certes, nos œuvres et fidélités sont importantes ; mais l'Église est plus que cela...

Augustin répond donc par le Christ : c'est lui qui est le Bon berger qui va chercher la brebis perdue, invite les pauvres au banquet, etc. Ce qui compte, c'est le Salut donné par Dieu ; le Salut ne peut venir que de Dieu, par Grâce... par sa Grâce.

C'est bien beau, mais comment cela peut-il se concrétiser ? Notre texte nous donne des indications, des pistes : des indications, justement, comme cette ville avec ses 12 portes, dans les 4 directions/toutes directions du monde... pour l'universalité... La ville est faite pour accueillir ; ici l'humanité entière ; des portes ouvertes... par la confiance qu'il nous donne...

Et ce d'autant plus que cette cité n'est pas le résultat du travail des hommes, mais un don ; comme la vie, particulièrement en Jésus-Christ...

Il nous dit une vie en évolution, parfois profonde ; mais il nous y accompagne...

Ainsi, même le centre du centre du monde religieux d'alors : dans cette ville, le Temple : il n'y est plus... Son centre, c'est le Seigneur...

Nos réalités changent ; non pas nécessairement par de grands idéalistes pensant que l'on doit tout changer radicalement, totalement ; selon eux-mêmes... Mais il nous est donné beaucoup plus, qu'on le voit ou pas ; nous y sommes accompagnés : sans un chef qui va décider de tout, mais avec un Seigneur qui se partage pour tous... par Grâce.

Nous n'y sommes pas passifs ; il nous reste ce qui parfois est si difficile : savoir recevoir... et partager...

Amen

 

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Une journée d'Ensemble - dimanche 15 mai

19 Mai 2022, 21:42pm

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Les deux paroisses de Carcassonne et Narbonne se sont donné rendez-vous,

sous le soleil du Minervois.

 

Le dimanche 15 mai en l’église de Saint-Germain

entre Cesseras et Pépieux.

 

Audio du culte de la journée en cliquant ici

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Apoc. 7,9-17 ; Jean 10,27-30 : "Mouton, tu es sür ?"

8 Mai 2022, 16:10pm

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Narbonne

DIMANCHE 8 mai 2022

ACTES 13, 14 – 52

APOCALYPSE 7, 9 - 17

JEAN 10, 27 – 30

« Mouton ? Tu es sûr ? »

INTRODUCTION : « moutons » ?... « Grande foule que personne ne peut compter ?... » Voilà des expressions qui ouvre toute grande ma boite à questions ! Qui sont ces moutons, et cette foule innombrable, au sort si enviable ?

Les premiers, dociles, sont aimés du Fils et du Père, ils ne seront jamais perdus et personne ne les arrachera de la main de leur berger.

La grande foule, elle, en adoration, devant le trône de l’agneau après un temps de tourmente vécu dans la persécution, est l’objet d’une formidable promesse : « l’agneau sera leur berger et les conduira aux sources d’eau vive. Et Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux ».

Et à l’égard tant de la foule que des moutons, un fil rouge se déroule tout au long de nos lectures, et quel fil rouge ! la fidélité du Seigneur, une fidélité immuable, indéfectible et nous le savons inconditionnelle.

Ce matin nous commencerons par examiner d’un peu plus près ces agglomérats de vivants : foule d’abord, moutons ensuite, bénéficiaires de la fidélité du Père et du Fils qui sont « un » pour l’éternité, garantie infaillible de la réalisation de la promesse. Puis une question dans laquelle notre implication est entière : foule ou moutons, où nous situons nous ?

 

 1) une grande foule   : La grande foule est dans une situation particulièrement déconcertante : il y a un trône, des anges, des anciens, des animaux… dans un même lieu ! C’est quoi ce binz ? Et un truc que certainement Coluche aurait pu tourner à la rigolade : ils ont des robes blanches, et on les lave dans du sang. Côté lessive, dans le ciel, y aurait des séances de formation à organiser…

Et bien, c’est tout simplement parce que nous avons sous les yeux un texte dit « apocalyptique », c'est-à-dire une description qui relève d’un « langage biblique qui fourmille d’images et de symboles à décoder[1] ».

La foule innumérable occupe une place privilégiée, devant le trône, comme celle qu’occupaient les prêtres dans le temple de Jérusalem. Ce sont des officiants, adorant leur Dieu, dans une symbiose d’amour, avec les anciens et les quatre êtres vivants. Notons au passage qu’une foule ce dont des hommes mais aussi des femmes !

Issue de toutes nations, toute langue, tout peuple, éclatante dans ses robes blanches, rayonnante dans sa reconnaissance partagée pour le salut reçu, elle me semble l’aboutissement, et même l’achèvement de l’envoi formulé par Jésus dans les derniers versets de l’Évangile selon Matthieu, envoi qui résonne comme une promesse : « allez auprès des gens de tous les peuples et faites d’eux mes disciples leur enseignant tout ce que je vous ai commandé[2] ». Chacune, chacun de nous n’a t-il pas bénéficié de cet enseignement ? Nous sommes donc parmi ces gens de tous les peuples, la grande foule destinée à vivre la louange et l’adoration, c’est nous. Joie du Royaume !

Une autre réminiscence clarifie la scène : les branches de palmiers dans leurs mains font-elles allusion à la montée triomphale à Jérusalem qui conduira Jésus à un sacrifice qui fit de lui un agneau rédempteur ?

Cela expliquerait pourquoi les robes peuvent être blanchies, en esprit, dans le sang sacrificiel de l’agneau, vies désormais justes aux yeux du Dieu fidèle en qui elles avaient foi.

Puis, l’agneau, paradoxe, devient berger. Encore des images qui, prises au premier degré, seraient incompréhensibles ; mais dans un texte apocalyptique, elles sont comme un condensé de la fidélité dont bénéficient ces disciples : d’abord, un temps d’offrande, celle du Seigneur qui accepte de devenir un agneau conduit au bois pour, le troisième jour, ressuscité, leur ouvrir ses bras aimants et protecteurs comme un berger. Ce condensé de la grâce, Jésus le résume un peu plus haut dans notre lecture de l’Évangile : « je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses moutons ». Dieu est fidèle. Joie du Royaume !

 

2) un anonymat fructueux pour des moutons : Les moutons, parlons-en. Des moutons pour lesquels le sort envisagé, à la limite de l’inconcevable pour l’époque, que dis-je, pour toutes les époques, n’est rien moins que l’éternité ! Des moutons engraissés juste pour le plaisir du berger, gratuitement, sans arrière pensée de vente à la boucherie ou au temple. Ce berger là sort de l’ordinaire ! Et quelle chance que celle de ces moutons installés dans un package verdoyant à l’abri des bêtes sauvages et des brigands qui feraient bien leur 4 heures de quelques côtelettes ! Un pasteur fait ce commentaire, je cite : « Le berger s’active sans aucune rentabilité et les moutons en s’engraissant n’ont aucune autre fonction, sinon celle de faire la joie de leur berger [3]». Et vous savez quoi ? Il connait chacun par leur nom ! Le troupeau, ce n’est pas un amalgame d’animaux indifférenciés mais un agrégat d’individu dont le nom importe au berger. Et dans les Écritures, le nom ce n’est pas rien : chaque nom est spécifique, il est la personne même.

Dans ce texte, c’est le berger qui est mis en lumière, un berger d’exception, je viens d’en parler, un berger, aussi, qui échange avec son Père des relations d’intimité telles qu’il fait « un » avec lui.

Voilà le troupeau sous la houlette d’une communion bienfaisante et dynamisante dont les disciples ont vécu les retombées dans leur suivance du Maître. Nous pourrions relire le chapitre 17 de l’Évangile selon Jean, une prière que le Fils fait monter vers son Père et qui colle à la perfection avec ce que Jésus décrit des relations entre le berger et ses moutons : « tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi (…) maintenant je viens à toi et je dis ces choses pendant que je suis encore dans le monde, afin qu’ils aient en eux ma joie, une joie complète[4] ».

Un bonheur dans une fidélité divine juste pour une communion d’amour avec nous, car, il va sans dire que nous sommes aussi les disciples que Jésus veut enseigner avec cette histoire champêtre imagée. Nous sommes des moutons justifiés dans la fidélité indéfectible du Seigneur. Notre seule fonction : remplir Dieu de bonheur.» Joie du Royaume !

 

3) moi, l’anonyme : quand Jean rédige le livre de l’Apocalypse à l’attention de ses frères et sœurs dans la tourmente d’un temps peu favorables aux chrétiens, pourchassés, persécutés, il a l’ardent désir de leur communiquer l’assurance de l’espérance annoncée. Dans sa description de la grande foule, chacune, chacun peut se retrouver, quand enfin, la tourmente passée, l’adoration et la louange deviennent leur lot éternel. Oui, certes, c’était à son époque mais oserais-je dire : « déjà là, et pas encore » ?

Pour ce qui est des moutons, nous le savons, Jésus avait pour habitude de puiser dans le quotidien de son temps des images familières à ses auditeurs. La vie champêtre avec ses bergers et leurs moutons pouvait aider les disciples à déplacer l’image campée vers leur propre vie, à réaliser combien leur maitre était la fidélité incarnée pour eux, pour elles, comme le berger de la parabole. Ainsi rassurés, ils pouvaient continuer de cheminer à ses côtés sur les routes plutôt dangereuses de l’époque.

L’enseignement dispensé l’est pour toutes les époques, tous les temps, tous les lieux, je veux dire qu’il l’est pour nous encore aujourd'hui, ici, dans ce temple.

Avec nos deux textes, nous recevons une fabuleuse proposition du Seigneur : entrer dès maintenant dans son éternité, avec la ferme assurance que « ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni d’autres autorités ou puissances célestes, ni le présent, ni l’avenir, ni les forces d’en haut, ni celles d’en bas, ni aucune autre chose créée, rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour que Dieu nous a manifesté en Jésus Christ notre Seigneur[5] ». Je l’ai déjà dit, et comment ne pas le répéter encore : la fidélité de cet amour éclatant du Seigneur est pour toi, pour moi. Joie du Royaume !

 

Conclusion : Des milliers, des millions d’anonymes ont formé, au fil des siècles et des lieux, membre d’une grande foule que personne ne peut compter ou mouton dans un troupeau, une chaine insécable de foi partagée dans cette fidélité dont nous sommes ici, aujourd'hui, là, dans ce temple, les maillons les plus récents. Cette chaine, c’est l'Église !

Wilfred Monod écrit, je cite : « la vraie Église réside dans le silencieux et interminable cortège des âmes pardonnées, consolées, purifiées, inspirées qui forment une infrangible chaîne entre le Calvaire et chaque table de communion (…) Elle s’identifie avec la triomphale continuité de l’expérience chrétienne à travers les âges[6]. »

Grande foule, moutons une même destinée : l’Église, celle que décrit Wilfred Monod évidemment où chacune, chacun, peut vivre à satiété                                                                                                                            la joie du royaume dans la fidélité de Dieu, aujourd'hui et demain aussi. Amen !

 

 

 

 

 

[2] Matthieu 28, 19-20

[4] Jean 17, 10 - 13

[5] Romains 8, 38-39

[6] Wilfred Monod la nuée de témoins volume 1 p.ix et x

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Prédication 1er mai 2022 Jean 21, 1 - 14

2 Mai 2022, 08:08am

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Narbonne 1.5.22

Évangile selon Jean 21, 1 à 14

Pasteur Philippe Perrenoud

 

Voici un récit dont bien des dimensions nous rejoignent, dans nos parcours personnels

et quant au monde...

 

Que nous raconte cette petite histoire ?

Vous l'avez entendu, des disciples sont allés à la pêche ; c'est-à-dire, en l’occurrence, sont retournés à leur métier d'avant : d'avant tout le parcours qu'ils ont eu avec Jésus, et donc la résurrection...

Bien sûr, il faut bien vivre... Et notre foi ne nous sépare pas du monde, de ses contraintes, de ses nécessités... Notre foi ne nous fait pas vivre séparés du monde, ou au ciel seulement

Ces disciples avaient donc retrouvé leur travail de pêcheurs ; voire repris leurs habitudes, peut-être leurs vies routinières.

 

Mais peut-on se satisfaire de cette sorte de retour en arrière ? Nous peut-être, mais notre Seigneur ne nous laisse pas ainsi « tristes et sans espérance... » Comme s'il n'était pas lui-même venu, en Jésus-Christ ? Il ne veut pas nous laisser à une sorte de défaitisme qui voudrait qu'après quelque chose d'extraordinaire, tout redevienne pareil, que rien n'ait vraiment changé. Un peu comme pour les disciples d'Emmaüs : l'annonce du retour à la vie de Jésus-Christ ne changerait rien... tout reviendrait-il pareil ? Il est difficile de vivre cette foi dans la durée...

C'est peut-être pour ne pas se contenter de ce fatalisme, ou nous rejoindre dans les moments sombres (comme cette nuit le symbolise), pour que la Bonne Nouvelle vienne vraiment jusqu'à nous que l’Évangile de Jean a voulu continuer avec ce récit : pour ne pas nous laisser à nos routines, fatalismes, oublis de la Bonne Nouvelle ; pour nous rappeler combien la Bonne Nouvelle a des implications dans nos vies !...

 

Car Jean ne nous raconte pas cela pour nous dire ses vieux souvenirs... Il veut montrer à ses lecteurs (donc à nous aussi !) comment trouver/retrouver le Christ :

  • c'est-à-dire : pas besoin d'aller très loin. L'Évangile se passe dans la vie de tous les jours. C'est dans une situation de vie banale que Jésus vient rejoindre ses disciples. Il ne se limite pas (même si nous le savons...) à des moments ou endroits spéciaux ; encore moins seulement très là-haut dans le ciel... Comme le dit un très beau passage d'Esaïe : le commandement que je te prescrit n'est pas dans le ciel, pour que tu dises : Qui montera pour nous au ciel et nous l'ira chercher, qui nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique ? Il n'est pas de l'autre côté de la mer, pour que tu dises : Qui passera pour nous de l'autre côté de la mer et nous le fera entendre, afin que nous le mettions en pratique ?…
  • Mais alors où, et comment ? Il faut, pour cela, se placer sous l'Amour de Dieu (c'est une des idées importante de ce texte) ; se souvenir du fonctionnement de notre foi : une relation ! Ni une routine, ni une contrainte, ni des recettes toutes faites, mais une mémoire vivante !

Bref, nous voilà tous dans nos vies, y compris dans nos difficultés... dans ce qui peut faire peur ; particulièrement dans un monde si complexe, de plus en plus complexe... Nous avons alors besoin de solutions ; au moins d'être rassurés... Comme l'expression courante le dit bien « nous ne savons plus à quels saints nous vouer... »

Mais la Bible nous renvoie à nous-mêmes... Non pas pour nous débrouiller seuls, mais nous prendre en main :

dès la Genèse, il nous confie la création...

dès l'Exode, il nous confie l'Alliance... jusqu'à nos jours...

Notre monde a de quoi nous faire peur ; comme le monde, depuis si longtemps... Du temps de l'Exode ou de Jésus-Christ, ce n'était pas mieux...

Notre monde est si complexe, de plus en plus complexe...

Comment y avancer ?

Il nous invite, comme un Père, à vivre nos vies, au maximum par nous-mêmes... et ce d'autant plus avec son aide !!

Mais comment alors ?? sachant tout nos échecs... toutes nos nuits ;...

C'est d'ailleurs, comme dans ce récit (entre autres...) de nuit, qu'il rejoint ces disciples

Il vient nous rappeler sa présence, qui nous accompagne, nous appelle : à nouveau, comment ?

 

Dans ce récit, bien des éléments symboliques, pour nous toujours.

Ils étaient tous dans une barque. Comme l'expression le dit bien... Vient-elle de là ? Entre autres ? Je n'en sais rien, mais c'est possible et c'est bien un des sens important de ce récit... Car cela n'était pas évident pour les premiers Chrétiens ; contrairement à l'image que nous avons parfois... Cela était d'autant moins évident pour eux que le monde était encore plus difficile sans doute, et qu'ils n'avaient pas les éléments d'organisation qui peuvent nous aider.

Être tous dans une barque : et pourtant, Pierre, entendant que c'était le Seigneur, pleinement confiant, se jeta à l'eau...

Certes,

  • cela fait allusion à un autre, celui de la tempête, où il manque de se noyer...
  • Et nous pouvons vouloir rejoindre le Seigneur plein d'élan. Mais ce n'est pas tout... car les autres continuent avec la barque ! … Et, à l'invitation de Jésus, ils ramènent des poissons. Pierre les rejoint alors... Oui, nous sommes appelés à être tous dans la même barque...

Bien plus : ils ramènent un filet remplit de 153 poissons. Pourquoi ce chiffre, qui peut paraître anecdotique ?... Sans doute car 153 représentait la totalité des espèces alors connues à l'époque...

Cela signifie donc symboliquement (mais un symbole, cela désigne des choses réelles, des perspectives réelles...) cela désigne donc que c'est une universalité qui est ainsi rassemblée... que nous sommes appelés à rassembler une universalité

Bien plus encore, cela continue avec ce geste qui renvoie à la communion... à l'action de Grâce pour cette communion, cette vie qui nous est donnée ensemble.

 

Pour nos vies aujourd’hui, nous avons évoqué ce monde de plus en plus complexe, qui est de plus en plus rempli de peurs, de nuits... nous nous sentons un peu perdus.

Ce passage nous dit qu'effectivement, nous pouvons être un peu perdus ; et que nous pouvons avoir des attitudes différentes.

Mais que par dessus tout, une Présence nous rejoint, qui que l'on soit... que l'on saute à l'eau ou que l'on reste à tirer sur la barque. Que cette Présence de Notre Seigneur, y compris au milieu de la nuit, nous donne une perspective de vie : il nous invite à rassembler l'universalité : dans et au-delà de l’Église, des Églises visibles...

Nous sommes dans une société avec des options, voire revendications peut-être de plus en plus importantes et différentes.

Il nous faut alors d'autant plus nous souvenir de cette Présence de Jésus-Christ qui nous rejoint et nous appelle, tous. Que cela nous donne des perspectives de vie ; et bien plus, car notre foi s'incarne : nous ouvre à des perspectives, des projets. Notre société ne manque-t-elle pas de projets ?...

 

Ce monde, avec ses inquiétudes, touche aussi nos Églises ; bien plus, cela traverse nos Églises... Des options différentes existent, et c'est normal... cela fait partie de l'universalité... Tout cela renforce la question et la nécessité de faire Église ensemble... J'aime cette expression évoquée par un de nos présidents du Conseil national suite à un sujet difficile : ce n'est pas seulement la difficulté des défis, mais notre capacité à faire Église ensemble ...

Il nous faut alors recevoir un autre élément de ce passage : Jésus appelle les disciples, au milieu de leur pêche infructueuse, à jeter le filet du côté droit, de l'autre côté : d'un autre côté ; de façon réaliste pour autant, puisqu'ils sont appelés à agir par eux-mêmes... Et en s'y mettant ensemble...

Les Chrétiens ne sont pas des sur-hommes, ni même toujours meilleurs que les autres... On le leur dit/on nous le dit d'ailleurs.. Quelles forces alors ? Celles de justement recevoir une perspective de communion, avec nos différences...

Avec nos limites aussi... Mais au moins ont-ils/avons-nous reçu une Parole et des signes à partager. même s'il reste toujours, comme les disciples du passage de ce matin, à les mettre en œuvre ; et par dessus tout, à savoir recevoir ; à savoir ce que nous avons reçu !!...

Comme le termine le communiqué du Conseil national actuel de notre Église pour l'entre deux tours, évoquant les suites : Le chantier social sera immense pour promouvoir liberté, égalité, fraternité, justice, accueil et écoute de l’autre, éducation, protection de la Création… tout un programme.

La fête de Pâques a redit l’amour de Dieu pour chacune et chacun, et la vie plus forte que la mort.
Un chemin existe pour sortir de l’impasse. Confiance
!

 

 

 

 

 

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culte de Pâques 17/04/2022

18 Avril 2022, 08:02am

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

Narbonne 17.4.22

Jean 20, 1 à 9

Pasteur Philippe Perrenoud

 

Cantiques 623  ou 413 ou 449

781

471

 

Nous connaissons un peu ces récits de la résurrection, bien qu'assez différents les uns des autres...

Justement, là n'est-il pas quelque chose d'important, et même d'essentiel ? C'est-à-dire non seulement l'événement de la résurrection (qui ne nous est d'ailleurs pas décrit !), mais son effet pour nous... Non seulement la résurrection de Jésus, mais ce qu'elle produit en nous...

 

Ces récits sont donc différents entre eux. Bien plus : nous voyons à l’intérieur celui que nous venons d'entendre des attitudes différentes. Il y a même là une sorte de course poursuite...

Les 2 premiers disciples... prévenus par Marie de Magdala partent vite voir ce qu'elle leur a dit.

Ils ont été prévenus par une femme : comme si Dieu ne se simplifiait pas la tâche... N'y voyez aucune misogynie de ma part... au contraire ! Justement une femme, alors qu'elles n'avaient pas une grande reconnaissance sociale... Et alors : pourquoi passer ainsi par les uns et les autres ?... Pourquoi ne pas envoyer, comme d'autres fois, comme à Noël, un ou des anges ? Ici, tout se passe afin que Notre Seigneur se fasse le plus proche de chacun, de chacune. Donc y compris en prenant des gens peu considérés par la société d'alors : dans ce récit : une femme, un artisan-pêcheur (Simon-Pierre), et d'autres. En se rendant ainsi proche des plus petits, Notre Seigneur se rend proche de chacun/e, y compris de nous...

Chacun/e de nous, donc avec nos différences : de personnes, de rythmes, etc. C'est ainsi que ce récit nous racontent que ces 2 disciples sortent, courent. Celui qui arrive en 1er n'entra pas, tout d'abord. Pourquoi n'entra-t-il pas ?

N'ose-t-il pas, devant ce mystère qui se présente devant lui ?

A-t-il besoin d'un moment ? Doit-il réfléchir avant d'agir ?

Et pourquoi pas ?!...

Et pourquoi pas un peu tout cela ?!...

Le texte nous dit que quand arrive à son tour Simon-Pierre (...) il entre, lui (il était effectivement de caractère un peu fonceur...). Il vit alors les bandelettes posées là, et les considère... Il a aussi besoin de réfléchir...

Celui qui est arrivé en 1er entre ensuite.

C'est peut-être un peu compliqué... nous pouvons avoir de la peine à nous y retrouver ?...

Cela peut être un peu compliqué... comme nous le sommes parfois... comme le sont inévitablement nos relations. Mais ce récit est alors authentique ! comme quand on prend en compte la liberté de chacun. C'est pour cela que la Bible a tellement de livres... Et comme, autre exemple, la première Pâque (qui signifie passage), l'Exode du peuple libéré d'esclavage. Ce peuple, libéré par Dieu, tombe pourtant si vite dans l’idolâtrie ; et a donc besoin de 40 ans pour apprendre du Seigneur la vie, libre ; et avec une égalité inédite alors : en tant que Peuple de Dieu ; et Peuple pour les autres. 40 ans : il faut souvent beaucoup de temps pour apprendre... particulièrement pour apprendre à vivre libres, et ensemble...

Cette nouvelle Pâque, cette vie donnée, il nous faut apprendre à la recevoir. Il ne suffit pas que quelque chose soit offert (même, et surtout, quand c'est gratuitement...). Il faut encore apprendre à l'accueillir, à s'en servir. N'est ce pas particulièrement le cas pour/avec la Grâce ?... Ceci donc avec nos caractères différents ; et heureusement ! Dieu le sait ; il le sait particulièrement, puisqu'il en est ainsi dans sa Révélation !

Ces 2 premiers disciples au tombeau vide, devant cet événement extraordinaire, ne réagissent ainsi pas de la même manière : ils courent, l'un s'arrête ; ils regardent chacun à leurs tours.

L'Évangile veut-il nous dire ainsi, aussi, que nous avons nos rythmes différents, que nous ne marchons pas, fonctionnons pas, n'avançons pas tous à la même vitesse ? De la même manière ? Oui, parce que nous avons nos caractères, nos origines, nos références différentes...

Et que ces différences sont acceptées ! Pour vivre les uns avec les autres, les uns pour les autres...

 

Avec nos différences : pour autant pas n'importe comment ; ou pour n'importe quoi...

Mais selon cette vie qui est bien plus que celle du corps, et celle pour soi-même et selon soi-même seulement... une vie offerte, à découvrir et partager ensemble, avec les autres, et même par les autres, grâce aux autres, comme ce récit nous le montre, avec ses transmission. Non quelque chose qui s'imposerait d'en haut, ou des uns sur les autres...

La vie que l'on reçoit, y compris et surtout celle de la résurrection, est donc beaucoup plus que la vie biologique... La vie de foi est celle de la confiance : confiance dans le projet de Dieu pour nous, pour tous... dans ses dons, pour nous, pour tous... au delà des peurs, des violences (physiques, et, déjà verbales... qui peuvent tuer, autant l'une que l'autre...)

 

Pas n'importe comment, donc. Alors comment ?

Dans ce récit, par exemple : rappelons-nous de cette histoire de bandelettes, roulées, rangées.

Pourquoi nous raconter cela ? Parce que c'est ce qu'on vu les disciples ? Bien sûr, mais ils ne nous font pas non plus une description complète des lieux ! Elle ne serait d'ailleurs pas forcément très intéressante en tant que telle...

Il y a une raison sans doute plus intéressante. La Bible, les Évangiles, particulièrement celui selon Jean, sont remplis d'éléments symboliques ; donc toujours très parlants, pour nous aujourd'hui aussi...

Ces bandelettes, selon une tradition de l'époque, servaient à conserver les corps des défunts. Posées ainsi, cela marque que Jésus en est libéré. Et ce geste est sciemment fait, puisque ces bandelettes sont bien rangées...

Jésus est donc libéré des liens de la mort, de tout ce qui entrave, enferme la vie ; comme ces bandelettes, et tant de nos habitudes quand elles enferment la vie. Nous en avons tous ; comme l'exprime d'ailleurs bien la fin de ce passage : En effet, ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts. 

 

Ressusciter, littéralement, en grec dans le texte d'origine, cela signifie se relever, être remis debout ; et

réveillé : comme par rapport à la mort elle-même, mais aussi, déjà, au quotidien. Dans les Évangiles, à de nombreuses reprises, Jésus dit relève-toi, lève-toi et marche ; nous pouvons déjà vivre la résurrection au quotidien !

Or, à la lumière du résumé, que nous donne Jean aussi, dans sa 1ère Épître, en 3 mots : Dieu est Amour... la résurrection nous dit que cet Amour est plus fort que les violences, les injustices, les peurs ou supériorités des hommes... tout ce qui ont conduit Jésus à la croix... et conduit encore à tant de méfiances, de peurs, de blessures...

Lève-toi et marche : comme Jésus l'a vécu : jusque dans nos duretés, peurs, lâchetés, limites, etc... Et ensuite le silence aussi : celui de plusieurs moments de la Bible, mais en particulier du jour « Samedi-Saint » du temps qui précède Pâques...

Lève-toi et marche : quand la dureté du monde nous accable, souvenons-nous que Notre Seigneur nous y a rejoint, pour nous donner confiance, en la vie ; et pas tomber dans de fausses solutions, facile en apparence, en apparences seulement... que Notre Seigneur nous a rejoint, pour nous emmener avec lui, dans et par sa Grâce... Et que c'est ce regard que nous pouvons poser sur toutes circonstances...

Alors, dans toutes nos dimensions de vie, Dieu est grand... par son Amour...

Car il nous aime

au delà de ce que nous sommes,

même malgré la croix, les croix,

malgré les injustice et peurs, il nous remet debout...

 

Alors que nous sommes dans un monde où des peurs et des tentations de replis sont de plus en plus grandes, les chrétiens sont particulièrement appelés à les dépasser... ils peuvent les dépasser, par une confiance qui nous est donnée... Ce n'est pas toujours facile à vivre, mais à recevoir, pour partager un regard, un regard de Grâce...

Alors, nous aussi, sachons que nous sommes relevés pour, comme le résume ce même Évangile selon Jean : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres...

 

Amen !

 

 

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Vendredi saint : "les sept paroles de Jésus sur la croix"

15 Avril 2022, 13:33pm

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

NARBONNE

15 avril 2022

Vendredi saint

 

 « Sept paroles… »

Prédicatrice : Joëlle Alméras

 

Introduction :

Nous sommes réunis, en ce début de soirée, en communion avec nos frères et sœurs du monde entier, et particulièrement avec celles et ceux qui ne peuvent, pour faire mémoire de la mort de Jésus de Nazareth, pour bien des raisons, vivre ce temps en communauté. Ce soir, nous allons entendre et méditer les sept paroles de Jésus sur la croix.

Une remarque avant de commencer. Ne soyez pas inquiet si vous ne m’entendez pas annoncer la collecte pendant le culte. Il y aura sur la table au fond, une corbeille pour assouvir votre soif de partager. Vous pourrez y déposer votre offrande à la sortie.

 

La grâce et la paix vous sont données de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ notre Seigneur dans la communion d’amour infusée par le Saint Esprit.

 

1 ) les circonstances : Oui, ce soir, nous faisons mémoire d’un évènement que Cicéron a qualifié du «plus cruel et plus hideux des supplices ». Le condamné à mort après un parcours devant ses juges, est remis aux soldats pour être fouetté. Avec les petits morceaux d’os et de métal qu’on attache au bout du fouet, les coups sont insupportables. Humilié et affaibli, toutes ses chairs explosées et sanguinolentes, il est un exemple repoussant pour tous ceux qui auraient envie de l’imiter. Pire encore, Jésus a eu droit à un traitement spécial : on a posé une couronne avec des branches d’épines sur sa tête en appuyant fort pour que les aiguilles pénètrent les chairs. Puis, c’est l’interminable chemin qui semble sans fin, vers la colline de Golgotha, avec le poids de la poutre de traverse sur les épaules. Il lui a fallu une aide, Simon de Cyrène, volontaire désigné d’office pour cette marche sinistre. Enfin, là-haut, entre deux autres condamnés, la croix, les clous… Pas un mot d’injure, pas d’insultes envers ses bourreaux comme les autres suppliciés. Jésus garde le silence.

Ce qu’il dira, les sept paroles recueillies et éparpillées dans les quatre Évangiles, sont des paroles de vie, paroles de l’amour parfait. Puissent-elles pénétrer nos cœurs et y grandir.

 

Chant arc 216 les mains ouvertes les 2 strophes

 

2) : Luc 23,34 : « Jésus disait : Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Et, pour partager ses vêtements, ils tirèrent au sort.»

 

Première parole : Il dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ».

 

Une remarque : l’expression « il dit » est à l’imparfait. Elle indique une action qui s’est déjà déroulée dans le passé et qui se poursuit dans le présent. Nous pourrions en déduire que Jésus a déjà prononcé de telles paroles, qu’elles sont peut-être un leitmotiv dans ses rapports avec ses compagnons ou les personnes dont il croise le chemin[1].

« Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ».

Qui d’entre nous, dans des circonstances de violences graves, voire mortelles, à notre encontre, saurait prononcer de tels mots ? C’est déjà bien assez difficile pour des agressions mineures, verbales par exemple, alors là…

Dans l’agression subie, comment faire abstraction des sentiments et des souffrances extrêmes infligées ? Ne serait-il pas légitime, dans une telle situation, de rendre le mal ou la malédiction, pour le mal reçu ?

Qui plus est, demander le pardon pour les bourreaux, est ce légitimer ce qu’ils font endurer ? Est-ce se complaire dans le mal ?

La réponse est dans les paroles du crucifié, paroles d’un pardon offert : « ils ne savent ce qu’ils font ».

Le pardon pose un regard sur le bourreau, il libère de l’enfermement dans le mal, il ouvre à une réconciliation possible celles et ceux qui sont parqués, enfermés, dans l’antre ténébreuse de la violence qu’ils ou elles portent en eux.

Je ne sais si je saurais, si je pourrais… alors, je regarde au Christ en croix.

« Il ne dit pas : je vous pardonne car vous ne savez ce que vous faites, mais : Père, pardonne leur car ils ne savent ce qu’ils font. Peut-être qu’à ce moment, Jésus ne pouvait pas pardonner par lui-même, mais il pouvait demander à Dieu de le faire. Il m’arrive de ne pas réussir à aimer mes ennemis, mais je peux toujours demander à Dieu de les aimer et de les bénir. Il m’arrive de ne pas réussir à pardonner ceux qui m’ont offensé, mais je peux toujours demander à Dieu de le faire. Dietrich Bonhoeffer a dit, je cite : « entre moi et mon prochain, il y a le Christ. Porter mon ennemi dans la prière est une façon de mettre le Christ entre lui et moi, et peut-être, au bout du chemin, à arriver à l’aimer et à lui pardonner[2] ». (fin de citation).

 (temps de silence)

 

Prions : Père, pardonne-nous, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Amen.

 

Chant arc 602 oh ! prends mon âme strophe 1

 

3 ) Luc 23, 38 - 43 : « L’un des malfaiteurs crucifiés l’insultait : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et nous aussi ! » Mais l’autre le reprit en disant : « Tu n’as même pas la crainte de Dieu toi qui subis la même peine ? Pour nous, c’est juste, nous recevons ce que nos actes ont mérité ; mais lui n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi.  Jésus lui répondit : «Je te le dis, c’est la vérité, aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis »

 

Deuxième parole : « Je te le dis, c’est la vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis ».

 

Un bandit, un vaurien, un moins que rien reçoit cette ahurissante promesse. Il n’attendait plus rien que la mort et c’est la vie qui s’offre à lui. L’homme, là, sur la croix d’à côté, malgré l’horreur et la souffrance, n’est pas bloqué dans son cruel et déchirant enclos corporel atrocement douloureux et moribond. Il peut encore tourner son regard vers l’autre, il a encore la capacité d’exhorter, d’encourager, de transmettre la vie, non pas la vie de son corps meurtri appelé au néant, mais une vie qui ne dépend pas des aléas humains, une vie qu’on peut saisir au-delà de la mort.

Jésus promet cette vie là et aussi une communion avec lui : « tu seras avec moi ». Jésus a foi dans sa résurrection. L’aube de Pâques est annoncée. Et nous rendons grâce car ces paroles nous disent qu’il « n’est jamais trop tard pour obtenir le pardon même s’il ne reste pas assez de temps pour une conversion, même si on vient à Dieu les mains vides[3]. »

silence…

 

Prions : « Aide-nous Seigneur à accueillir cette promesse et à la transmettre. Aide-nous à devenir des incorrigibles optimistes qui affirment qu’il y a toujours un espoir. Père, que ton royaume vienne. Amen.

 

Chant arc 602 oh ! prends mon âme strophe 2

4 ) Jean 19, 26 : Voyant ainsi sa mère et le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton Fils. » Il dit ensuite au disciple : « Voici ta mère ». Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

 

Troisième parole : « Femme, voici ton fils. Et toi, voici ta mère ».

 

Marie est là, au pied de la croix. Il était de coutume de laisser la famille venir auprès des suppliciés. Marie, une femme debout ; elle n’a pas tourné le dos pour ne pas voir « l’épée qui lui transperçait le cœur », comme Siméon le lui avait annoncé bien des années auparavant. Avec courage, elle affronte la vision de cauchemar de laquelle bien des mères se seraient détournées comme pour se persuader que cela n’existait pas : un fils, son fils, là, mourant en silence sans qu’elle puisse faire quoi que ce soit.

Marie est là, accompagnée de quelques femmes. Elle entre dans l’âge. Se demande-t-elle ce que sera sa vie après ces évènements ? Jésus a-t-il pressenti ce questionnement, ou, tout simplement, parce qu’il est lui, son cœur a-t-il frémi devant la détresse de celle qu’il appelle publiquement « femme » ? Mais il sait bien que c’est sa mère. Alors, dans cet amour filial incommensurable, il trouve la force de lui donner un fils. «Femme, voici ton fils ». Oh ! certes, le disciple ne saurait remplacer Jésus dans le cœur de Marie, mais un fils, à cette époque, c’est la garantie d’un soutien, du pain quotidien dans la maison, des soins qu’il donnera à celle qui devient, à la demande du Maitre, sa mère.

« Disciple, voici ta mère ».

Nous ne savons pas où est sa génitrice, ni si elle est encore vivante. Nous savons seulement que les jours qui viennent lui offriront la richesse de l’amour d’une mère bien aimée et aimante : Marie, mère de Jésus et désormais la sienne aussi.

La voix, certainement étouffée, entendue comme dans un souffle dit la solidarité dans la détresse, l’élan qui porte une femme vers un fils, l’encouragement d’un fils qui reçoit un amour maternel.

Prions : Seigneur, dans les revers de la vie, quand toutes choses semblent être sans issues, puisses tu accorder le pain essentiel d’une présence qui relèvera, d’un amour qui fortifiera à celles et ceux qui vivent une souffrance. « Aime ton prochain comme toi même ». Amen.

Chant arc 602 oh ! prends mon âme strophe 3

5) : Marc 15, 33-34 : « à midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu’à trois heures. Et à trois heures, Jésus cria d’une voix forte : « Eloï, Eloï, lama sabaqtani ? ce qui signifie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 

Quatrième parole : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 

La souffrance devient intolérable. « Les muscles se tétanisent, le souffle manque, l’étouffement est atroce[4]. » Alors, le psaume 22 monte dans son cœur. Un psaume qui le lie à toutes celles et tous ceux qui vivent l’invivable, et en appelle non pas à leur Seigneur, Adonaï, comme c’est l’usage, mais à leur Dieu. Le Psaume lui a fourni les mots nécessaires pour rester devant Dieu malgré l’abandon. Il a fourni à Jésus la prière de l’absence bien préférable à l’absence de prière.

« La croix ne s’explique pas. (…) A la croix, Jésus n’est pas venu donner un sens, ni une explication à la souffrance. Il a fait exactement l’inverse : il a dit qu’elle n’avait aucun sens. (…) quand il crie l’absence de Dieu, il le fait en l’appelant « mon Dieu ».

Antoine Nouis écrit, je cite : « Paul Claudel a dit « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, il n’est même pas venu l’expliquer, il est venu la remplir de sa présence ». Cette citation ne va pas jusqu’au bout de la croix. Car l’expérience de Jésus c’est qu’au bout de la souffrance, il n’a pas rencontré Dieu mais l’absence de Dieu. (…) Pourtant son cri peut devenir parole d’espérance. Dans nos ténèbres, une petite lumière luit : Dieu partage notre cri, il vient habiter notre confrontation avec la souffrance. Aussi bas que nous descendions dans les bas-fonds de l’humanité, nous entendrons toujours ce cri qui rappelle que Dieu a visité les enfers de notre monde[5] ». (fin de citation).

 

Prions : « Le Christ en croix te crie sa souffrance. Seigneur, que la souffrance du monde ne nous laisse pas indifférent, que nos propres épreuves ne réduisent pas au silence notre relation avec toi.

Père, ne nous laisse pas entrer en tentation »

 

Chant arc 639 Mon Dieu plus près de toi strophe 1

 

6) Jean 19, 28 -29 : « Après quoi, sachant que dès lors tout était achevé, pour que l’Écriture soit accomplie jusqu’au bout, Jésus dit : « j’ai soif » ; il y avait là une cruche remplie de vinaigre, on fixa une éponge imbibée de ce vinaigre au bout d’une branche d’hysope et on l’approcha de sa bouche.

 

Cinquième parole : « pour que l’Écriture soit accomplie, il dit : « j’ai soif ».

 

La dernière fois que Jésus a bu, c’était vraisemblablement du vin non fermenté lors de la célébration du repas de la pâque juive. Alors, comment n’aurait il pas soif en ce plein midi, après des heures d’interrogatoire et de torture ? Il a choisi de vivre notre humanité dans toute sa hauteur, sa largeur, sa profondeur, son ressenti. Jésus a soif et il le dit.

Il avait déjà demandé à boire à une samaritaine et la rencontre avait ouvert le cœur de cette femme et commencé à assouvir sa soif d’une eau, autre que celle du puit, une eau de vie. Pas de samaritaine pour étancher la soif du crucifié mais des soldats, ses bourreaux… pas d’eau rafraichissante qui donne la vie, mais un vin aigre que Jésus accepte, un vin qui était peut-être comme un liquide anesthésiant.

Nous pourrions relire le psaume 22, souvent expliqué comme une prophétie réalisée par Jésus sur la croix. « Je suis comme de l’eau qui s’écoule, et tous mes os se disloquent ; mon cœur est comme de la cire, il se fond au milieu de mes entrailles. Ma force se dessèche comme l’argile, et ma langue s’attache à mon palais[6] ».

« J’ai soif »… A-t-il soif d’autre chose que d’une eau buvable ? Nous lisons dans le psaume 42 : « Comme une biche soupire après des courants d’eau, ainsi mon âme soupire après toi ô Dieu ». Ce psaume associe la soif physique à la soif spirituelle. La soif ressentie par la biche est comparée à une intense recherche de la présence de Dieu[7].

Nous nous souvenons aussi de cette béatitude : « heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils verront Dieu ».

Bien sûr, Jésus souffre d’une soif physiologique intense sur la croix, mais sa soif spirituelle est encore bien plus aigüe. Nous pourrions mettre sur ses lèvres ces mots du psaume 42 : « Mon âme a soif du Dieu vivant. Quand irais-je et paraitrais-je devant la face de Dieu ?[8] »

 

Prions : Seigneur, Jésus, en croix, a eu soif. Sur notre terre, des millions de personnes crient leur soif, ils n’ont pas d’eau, une eau potable, qui ne rende pas malade. Puisses tu étendre ta main bénissante sur toutes celles et tous ceux qui peuvent la leur apporter. Puisses-tu aussi étancher la soif de leur cœur pour ta grâce et ton amour.

Père, donne aujourd'hui à chacun l’eau essentielle de ce jour. » Amen.

 

Chant arc 639 Mon Dieu plus près de toi strophe 2

 

7) : Jean 19, 30 : «Dès qu’il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « tout est accompli » ; et, inclinant la tête, il remit l’esprit.

 

Sixième parole : « il dit : tout est accompli ».

 

En prononçant ces paroles, «Jésus montre que la croix n’est pas une erreur judiciaire, mais qu’elle est l’accomplissement d’une démarche[9] ». Un seul mot en grec, traduit de différentes façons : c’est la fin, c’en est fait, tout est consommé, tout est achevé. Un seul mot. Antoine Nouis fait ce commentaire, je cite : « A partir de ce point de l’histoire, l’horizon est dégagé. Dieu n’est plus un juge qui conserve jalousement ses prérogatives de Dieu du haut de son ciel, il a définitivement rejoint l’humanité. Il marche aux côtés de l’humain et l’invite à le retrouver, pas tant dans les sommets de ses victoires et de ses succès, que dans le creux de ses failles et de ses fardeaux. » (fin de citation)

Tout est accompli : « le temps de la grâce est arrivé. Le temps de la délivrance. Le temps du Royaume de Dieu qui est là, ici et maintenant. Tout est accompli. Le salut n’est plus à espérer, il est accompli. Le messie n’est plus à attendre, il est venu. (….) en réalité, en cet instant, tout est accompli mais tout reste à faire, tout est donné, mais tout reste à vivre. »

Comme le peuple en Égypte, il va falloir laisser sa maison, ses habitudes mais aussi l’esclavage et se mettre en route. Comme lui, il faudra décider de prendre le risque de passer entre les eaux, celles de la Mer, plus tard, celles du Jourdain, en quelque sorte, si j’ose le dire ainsi, il faudra prendre le risque de se mouiller… La délivrance est offerte mais encore faut il vivre comme une, ou un délivré ! Tout est accompli et tout reste à faire…

 

Prions : Père, nous te confions chaque vie humaine à qui tu offres ta délivrance, pour laquelle tout est déjà accompli. Puissent chacune de ces vies, chacune de nos vies entrer dans ton projet. Qu’elles soient offertes à l’Esprit qui vient les conduire.

Père, que ta volonté soit faire. »

 

Chant arc 639 Mon Dieu plus près de toi strophe 3

 

8) : Luc 23, 44 – 47 : « C’était déjà presque midi et il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu’à trois heures. Le soleil ayant disparu. Alors, le voile du temple se déchira par le milieu. Jésus poussa un grand cri ; il dit : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ».  Et sur ces mots il expira. Voyant ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu en disant : « Surement, cet homme était juste. »

 

Septième parole : « Père, je remets mon esprit entre tes mains ».

 

« C’est la première fois que Jésus se reconnait le droit de penser à lui même. Rappelez-vous : il a intercédé pour des coupables, il a ouvert les portes du ciel au malfaiteur repentant, il a donné un fils à Marie et une mère à son disciple (…) son regard a, de la croix, embrassé les plus proches comme les plus lointains. (…) Maintenant, il ne regarde plus que le Père[1]. »

Jésus meurt comme il a vécu, en remettant son esprit à son Père. N’est-il pas « un » avec son Père ? Il s’abandonne à Dieu, il dépose son souffle de vie, son esprit, pour qu’il redevienne, entre les mains du Père, le souffle créateur de vie qu’il a reçu le jour de son baptême, ce souffle qui pénètre aussi nos cœurs comme l’écrit Paul : « la preuve que vous êtes fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie « Abba Père[2] ».

 

Prions : Seigneur, comme ton fils t’a tout remis, accorde nous de savoir, nous aussi, tout déposer entre tes mains : nos joies et nos souffrances, nos peines, nos doutes et nos échecs, nos refus, notre santé et nos douleurs, notre vie toute entière et notre esprit. Oui, Seigneur, nous remettons nos vies entre tes mains. Père, que ta volonté soit faite. Amen.

 

Chant arc 639 Mon Dieu plus près de toi strophe 4

Conclusion : En conclusion, à ces sept paroles qui vont nous accompagner au moins jusqu’à dimanche, nous pourrions simplement emporter, comme une prière d’intercession, une parole du pasteur Lindegaard dont la méditation formulée sous forme de dessin nous a accompagnée pour ce culte de vendredi saint. La voici :

 

« il y a deux pouvoirs dans le monde :

Le pouvoir du bourreau

Et le pouvoir de la victime,

Le pouvoir de celui qui prend une tunique

Et le pouvoir de celui qui se laisse dépouiller,

Le pouvoir de celui qui a tout,

Et le pouvoir de celui qui n’a rien,

Et le pouvoir de celui qui garde les bras ouverts;

Il y a deux pouvoirs dans le monde

Le pouvoir de la force

Et la force d’aimer[3].

Amen.

 Chant arc 452 o douloureux visage les 4 strophes

Envoi

 

Comme beaucoup, Jésus, ton Fils bien aimé a été saisi par le doute

Et l’angoisse lui a fait crier son désir de tout abandonner.

Comme beaucoup, Jésus, ton Fils bien aimé A vécu la solitude qui survient après l’abandon de tous, parents et amis,

Comme beaucoup, Jésus, ton Fils bien aimé

A connu la peur ultime quand la mort rentre dans le jardin de la vie,

Comme l’un de nous, comme un ami, comme un frère,

En Jésus Christ, notre Sauveur, nous mettons toute notre espérance

Père de Jésus le Christ, notre Père, voici notre ultime prière :

Que ton Fils, l’un d’entre nous,

Fasse grandir notre fidélité,

Qu’Il nous apprenne à tenir bon dans l’Évangile,

Et à nous engager sur le chemin où l’on se donne en offrande par amour,

Et pour que la joie et la paix soit données à toutes et tous.

 

Bénédiction

 

Que la force de Jésus Christ soit votre force,

Que l’amour de Dieu le Père soit une clarté en vous,

Que la sagesse du Saint Esprit soit votre guide.

 

Allez dans la joie et la paix du Seigneur

 

Amen.

 

 


[1] Carême protestant Marc Boegner 1957

[2] Galates 4, 6

[3] Henri Lindegaard La Bible des contrastes p. 188


[1] Magazine Parabole mars 2022 p. 13

[2] Conférence de Carême protestant, Antoine Nouis « Sept paroles de vie » p. 5

[3]

[4] Marc Boegner Carême protestant

[5] Antoine Nouis Carême protestant 2000

[6] Psaume 22, 15-16

[7] https://www.ressourceschretiennes.com/article/jean-19-jai-soif

[8] Psaume 42, 3

[9] Antoine Nouis carême protestant 2000

 

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prédication 27 mars 2022 : Luc 15, 1 - 3 , 11 - 32

30 Mars 2022, 08:04am

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

27 mars 2022 Narbonne

Luc 15, 1 à 3 et 11 à 32

Pasteur Philippe Perrenoud

 

Qui est important ici ? Quel est le personnage le plus important ?

 

- le fils prodigue (surnom/surtitre le plus souvent donné à cette parabole) : il veut pour lui, il veut avoir ; pour lui seul, selon lui ; pour tout connaître ; comme un Adam : à vouloir tout, il va perdre l'essentiel... Mais la vie lui est toujours offerte... L'exemple donc de ce parcours qui amène celui qui semblait avoir tout perdu (et même plus : qui semblait perdu) à retrouver la vie ; à retrouver la vie au-delà de ce qu'il pensait par lui-même… Un exemple qui parle de nos existences. Mais surtout, dans le contexte de cette parabole, de parts du Peuple de Dieu, ou de parts de l’humanité, séparées des autres ; et par là, séparés de source de vie.

- Mais peut-on oublier l'aîné ? Nous passons pourtant souvent à côté de lui. Nous nous arrêtons avant la fin de l'histoire. Celle-ci aurait d'ailleurs pu ne parler que d'un fils ! Elle en évoque pourtant bien deux. C'est même ainsi qu'elle commence : Un père avait deux fils...

L'aîné reste à la maison et travaille. Rien que de très banal... normal...

Il se considère comme un employé fidèle de son père ; il accomplit consciencieusement sa tâche. Comme il le lui dit : II y a tant d'années que je suis à ton service sans jamais avoir désobéi à tes ordres … En fait, ce fils se situe par rapport à son père comme un employé par rapport à un patron. Il n'est pas le seul. Le plus jeune aussi, à sa façon, dans son cheminement ; il revient parce que, se dit-il, tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance et moi je meurs de faim ! Et il prépare son petit discours de retour : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Prends-moi comme l'un de tes ouvriers : il finit par voir en son père un patron qui le prendra comme ouvrier et lui permettra de manger à sa faim... Il n'imagine pas être reçu en fils.

Ainsi, ni l'aîné ni le plus jeune ne voient leur père en temps que tel. Tous deux le méconnaissent. Ils le situent comme un patron. N'est-ce pas d'ailleurs, si souvent, une image religieuse que nous avons de « Dieu »... Et une image que nous avons souvent, aussi, des autres, dans nos rapports aux autres : des rapports de hiérarchie, et/ou d’intérêts, à court terme ; ou comme un investissement !... humainement, et religieusement...

Les pharisiens du récit (il ne faut pas les oublier ceux-là, car ils sont la question de départ de la parabole !) les pharisiens diraient que l’aîné est le plus important : car « il fait son devoir !». Même si cela est nécessaire, « Faire son devoir » donne des droits, et permet parfois de se situer au dessus. Si le plus jeune a dû s'abaisser, l'aîné, lui, l'abaisse. Il crache à la figure de son père : Ton fils que voilà ... Mais, ce fils c'est son frère !

Voilà des images religieuses de souverainetés, de patronages ; ou de la Loi seulement, qui se réduit vite à du légalisme : cela arrive vite, religieusement surtout ! Mais Jésus nous rappelle l'essentiel...

Nous avons nos fonctionnements, qui se répètent dans l'histoire ; des fonctionnements d'hommes et de femmes, de façons banals. Mais la foi est là, qui nous appelle à autre chose, à d'autres choses, à d'autres fonctionnements...

 

  • Regardons donc un autre personnage de ce récit : le Père/Dieu... qui attend, accueille, fête, se réjouit de retrouver...

Cette parabole fait partie d'un ensemble sur les retrouvailles (la brebis égarée, la pièce perdue). Notre Seigneur ne se résigne pas à la perte, à « ce qui ne va pas », et tout autre risque de résignations... mais il cherche, attend, offre ; car le bonheur de Dieu, c'est nous ! Il attend ; il espère et il attend... notre participation

 

L’Évangile proclame ici (entre autres...) que Dieu n'est pas le grand patron, qui dispense récompenses et punitions ; mais que Dieu est Père, et bien meilleur que le meilleur père de la terre.

Bien plus, il ne fait pas qu'attendre. Il est comme ce Père qui sort quand il voit arriver l'autre... se jette à son cou ! Il est venu à nous, avec cette joie, cette Grâce ; nous pouvons aller vers les autres, en tout sincérité, liberté, pour la vie, de chacun, même différents. Car, dit-il Ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé. C'est sa manière à lui de se dire Père : en rappelant l'exigence d'être frères !

 

 

Alors... lequel de ces personnage est-il le plus important ? Vos avis...

  • Le Père ? Mais que serait-il sans ses enfants ?
  • Le plus jeune, que je suis ?
  • L’aîné, que je suis aussi, parfois...

Les trois ne sont-ils pas les plus importants ?...

  • tous... chacun...
  • est-ce que nos piétés nous donnent un droit de faire des catégories... de juger... Le fait d'avoir eu un parcours « normal » (à supposé que cela existe...) ne nous donne pas un droit de supériorité ; chacun a sa propre sensibilité différente... nous ne pouvons pas connaître les parcours intérieurs de chacun... Ceci non pour se satisfaire de difficile : au contraire ! Pour accueillir au delà des difficultés ; au delà du risque de mettre les autres dans des catégories...
  • C'est un ensemble de parcours, de sensibilités, etc. qui forment nos Églises, et nos sociétés. C'est ainsi que nous sommes alors aussi appelés à construire notre monde. Un ensemble, mais pour autant pas n'importe comment : pour nous, c'est selon l’Alliance qui nous donnée ; pour le monde aussi, non pas en acceptant n'importe quoi, en particulier n'importe quels autoritarismes... justement...
  • La vraie démocratie, d'ailleurs n'est pas la loi du plus grand nombre, en oubliant ou niant les autres, mais pour tous...
  • Le Décalogue, et la Paternité, nous interdisent toute absolutisation... Et nous voyons ensuite, ainsi, même le Seigneur avoir besoin de tous, de ses deux fils pourtant opposés...

 

 

 

 

 

 

 

 

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Diman che 20 mars 2022 : Luc 13:1-9 "figuier, retrousse tes branches"

20 Mars 2022, 18:07pm

Publié par egliseprotestanteunienarbonne@gmail.com

NARBONNE

20 mars 2022

LUC 13, 1 - 9

Avec la revue Lire et dire n° 57

« Figuier, retrousse tes branches »

Prédicatrice : Joëlle Alméras

Introduction :

Nous voilà à marcher avec Jésus vers Jérusalem où il sait qu’il va vivre une mort injuste, déchirante et douloureuse. Qui parmi nous pourrait envisager les pensées qui le traversent au fil des kilomètres parcourus sur le chemin qui le conduit à la mort ?

Et voilà que des personnes viennent mettre le doigt où ça fait mal, si je puis le dire ainsi. Luc fait intervenir des interrogations tout à fait dans l’air du temps de cette époque où les malheurs vécus ne pouvaient, croyait-on, qu’être la conséquence inévitable et justifiée du péché des hommes.

Jésus ose une parole choc qui se trouve en complet décalage avec le point de vue de ses contemporains. Il ne va pas rentrer dans la vision étriquée de ses interlocuteurs, ni s’arrêter à des épiphénomènes, mais pointer les projecteurs sur l’essentiel, ce qui est le plus fondamental en nous : « et toi, dans ce monde, où se situe ta vie ? Quel est son sens ? Comment la conduis-tu ? »

Nous parlerons d’abord, avec la première péricope, du malheur, de ses conséquences et des conclusions que Jésus propose. Puis, dans un deuxième temps, la parabole du figuier continuera cette réflexion. Et enfin, comme d’habitude, nous tenterons de faire nôtres ces enseignements.

1) : le malheur inattendu et son questionnement

La première péricope de ce jour projette un éclairage perspicace et étonnamment actuel sur des évènements où des humains sont frappés par un malheur extrême qui ouvrent toutes grandes les portes de la mort pour eux. Un Pilate moderne a décidé de leur sort. Chercherons-nous à désigner, comme le firent les personnes qui vinrent interroger Jésus, un ou des coupables ? Cette situation catastrophique où le mal fait son œuvre aveugle et destructrice dans la vie de ses victimes humaines n’a pas un lien de cause à effet. Jésus ne nomme pas Pilate, initiateur pourtant reconnu de ces assassinats. Il ne met pas davantage en cause une possible culpabilité des galiléens, ni même des constructeurs de la tour.

Devant ces drames, ce qui semble l’interpeller, ce sont les personnes qui y ont assisté, ce sont elles qui retiennent son attention. Il ne superpose en aucune façon « évènement dramatique et jugement divin ». Il se saisit de la question pour en faire une occasion de déplacer ses interrogateurs pour les conduire d’une existence humaine intolérable, à une autre situation, pas vraiment confortable, mais qui présente l’avantage d’ouvrir une porte de sortie, un changement de vie délibéré, volontaire, pour un temps inattendu : celui de la grâce qui laisse entrevoir un autre avenir.

Donc pas d’explication du scandale du mal, mais sa réponse : face à la mort annoncée, de toute façon inéluctable, la vie est à recevoir de Dieu.

La revue Lire et Dire explique, je cite : « notre texte présente un Dieu pressant mais non oppressant. La radicalité de l’appel à la conversion doit se comprendre comme un appel à la vie (…) le mal et la violence dont les humains sont les acteurs et les victimes constituent un symptôme d’une situation générale désastreuse qui logiquement doit amener à la fatalité d’un « trop tard ». (…) En appelant à la conversion, Jésus se présente donc avant tout comme celui qui ouvre une espérance au sein du monde. Il représente la voix d’un Dieu appelant envers et contre tout à la Vie. (…) En nous tournant vers ce Dieu nous échappons à la fois à la tentation de la résignation fataliste et à l’absurdité d’une condition humaine marquée par le non-sens[1] » (fin de citation).

Jésus appelle à la conversion, au changement radical qui n’empêchera en rien les accidents de la vie, mais qui déplacera le ou la converti, d’un monde condamné à l’absurdité, vers un monde ouvert sur un avenir où la dynamique de la conversion produira des fruits impalpables, fruits destinés à une consommation partagées : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la fidélité, la douceur, la maitrise de soi.

 

2 : le figuier stérile

Jésus continue sur sa lancée avec une histoire de figuier, de figuier stérile. J’entends la parabole, et il me semble que le figuier ce pourrait être moi. C’est ce qu’ont du penser les disciples qui entendaient ce récit. Les Écritures comparent, à plusieurs reprises les humains à des arbres. Par exemple, dans le psaume premier : des arbres plantés près de ruisseaux d’eau qui produisent leur fruit en leur temps et dont le feuillage ne perd jamais sa fraicheur, des arbres aux antipodes de notre figuier qui refuse à son propriétaire ses fruits savoureux et juteux. Trois ans déjà et toujours rien… Quel gâchis ! Cet arbre, il faut l’arracher ! N’est-ce pas ce que disait Jean Baptiste : «la hache est prête à attaquer les arbres à la racine : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits est coupé et jeté au feu[2] ! » Il y a danger en la demeure comme dans les versets précédents.

Acceptez, je vous en prie, que je fasse une petite parenthèse et laisse de côté les explications habituelles de cette parabole. Mettez vous un peu à la place du figuier : « j’ai fait de mon mieux et j’y suis pas arrivé »… il est là, tremblant de peur devant un maitre dont il a entendu dire qu’il était du genre exigeant et radical dans ses décisions. D’ailleurs ce qu’il entend confirme ce qu’il savait… Mais, en même temps, il a côtoyé pendant 3 ans le vigneron : il a vu comment celui-ci prenait soin de la vigne et des arbres, comment il mettait tout son cœur à son ouvrage et comment aussi il venait tourner autour de lui, l’air désolé, se grattant la tête pour trouver une explication quand le maitre viendrait.

Mais dans cette histoire quelque peu bizarre, nous retrouvons comme dans les versets précédents, une raison d’espérer malgré la mort annoncée. Certes, l’espérance s’accompagne de grands efforts car « si vous ne changez pas radicalement, vous disparaitrez pareillement [3]». De même, pour le figuier infructueux dont la stérilité peut s’apparenter au manque de conversion. Mais, mais… Rien n’est encore perdu pour lui, il n’est pas trop tard et avec des soins appropriés, probablement intensifs, il pourrait bien sauver sa peau, je veux dire son écorce. Car il a un soutien inattendu, celui du vigneron qui intercède auprès du maitre en sa faveur. Si nous sommes l’arbre, alors le vigneron c’est le Christ envoyé pour nourrir, soigner, guérir et nous guider vers la maturité qui porte fruit.

Vous le voyez, nous sommes toujours, malgré une noire perspective, aspirés vers la lumière de la grâce et de l’amour divin.

 

 

3) : et nous ? des questionneurs et des figuiers ?

Comme les disciples ou les auditeurs de Jésus, nous ne pouvons manquer de nous identifier aux personnages du récit, personnages humains, mais aussi dans un anthropomorphisme courant dans les Écritures, personnages rupestres. J’ai donné la parole, il y a quelques instants, à un arbre, simplement pour m’imprégner du figuier qui est en moi. Quant aux personnes qui ont interrogé Jésus, nous sommes carrément leur copie conforme. Qui pourrait nier notre symbiose avec ces récits ?

Il me semble que la parole de ce jour est comme une invitation qui m’est lancée, une injonction dans l’urgence, qui peut se comprendre comme un appel à la vie dans un monde en situation de crise qui pourrait susciter en nous un « trop tard, y a plus rien à faire ».

Face à la fatalité des accidents de la vie ou de la violence humaine, elle ouvre la perspective d’une destinée de vie où l’on accède, certes, par une porte étroite, mais ouverte à toutes et tous.

En présence d’un figuier stérile qui ne remplit pas son rôle, mais est-ce volontaire, elle pose la figure d’un intercesseur capable d’obtenir un délai pour garder en perspective des fruits à venir, un intercesseur dont nous connaissons le nom.

La revue Lire et dire écrit, je cite : « Jésus représente la voix d’un Dieu appelant envers et contre tout à la Vie. Ainsi, dans l’ensemble du texte, Jésus conjugue une dure lucidité, appelant la responsabilité de ses auditeurs, et une espérance inattendue qui ouvre un temps nouveau, celui de ce vigneron qui arrête – pour un temps – la hache et va tout faire pour aider le figuier à porter la vie (…) sa parole est décisive : à la place des litanies ordinaires, son interpellation cherche à nous convertir de la position passive de spectateur du monde à celle d’un acteur engagé». (fin de citation).

 

Conclusion : Alors, en conclusion, à l’instar du vigneron qui a la vision d’un figuier prolifique, nous sommes invités, nous aussi, à passer outre un échec évident pour entrer dans l’espérance de la grâce. En elle, nous pouvons superposer notre regard à celui du Seigneur qui voit toujours plus loin que le fiasco de nos vies, que nous étalons, de façon chronique, devant lui. N’est-ce pas la raison d’être, dans notre liturgie, de la prière de repentance et de l’annonce du pardon ?

Notre être intérieur, tout comme le figuier, peut être pris en flagrant délit de stérilité. Mais nous ne serions pas ici, dans ce temple, si nous avions décidé que tout est joué, qu’il n’y a plus rien à faire. Nous sommes réunis pour « nous convertir de la positon passive du spectateur du monde à celle d’un acteur engagé ».

Réunis, c’est le mot ! Nous ne sommes pas des arbres « ermites », chacun s’étiolant dans son coin jusqu’à ce que mort s’en suive. Nous sommes partie prenante et intégrante d’un immense verger d’acteurs engagés où la solidarité conduit à une récolte prodigieuse, la récolte du fruit de l’Esprit. Ce fruit qui s’offre, se partage, se multiplie, un fruit destiné à autrui, et si j’ose le dire ainsi, à tous et toutes les « autruis » dont nous croisons la route.

Figuier, retrousse tes branches ! Figuière, (mais si pourquoi pas ?) toi aussi ! Le grand vigneron veille sur toi et tu vas voir ce que tu vas voir. Tes racines vont s’étaler, la sève va monter, tes feuilles vont verdir de plaisir, et la renommée de tes fruits nombreux, juteux et savoureux sera ta plus belle publicité. Les preneurs seront nombreux. Qui sait… l’an prochain, peut-être, il faudra agrandir le temple…. Amen !

 

 

 

[1] Lire et Dire n° 57  p.30

[2] Luc 3, 9

[3] Luc 13, 5

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